| Jamais, et de toutes parts, on ne s'est autant lamenté sur les méfaits du capitalisme. S'il est bien un sentiment désormais largement répandu, c'est que le capitalisme n'est plus synonyme de progrès. La conviction que « nos enfants vivront moins bien que nous » l'emporte chez tous les salariés. C'est sans doute la première fois que le capitalisme n'arrive plus à associer son existence à la promesse d'une amélioration de la situation matérielle, pensée jusque là comme sans limites. On peut même se demander comment il pourra y survivre à long terme sans s'attaquer à la démocratie. Ce changement historique se pose, par exemple, avec la réforme des retraites : ce qui paraissait encore possible il y a seulement quelques années, au moment du passage de la retraite à 60 ans, paraît désormais relever de l'utopie. Ce n’est pas une question de démographie mais de ce que le capitalisme peut : il faudrait s'habituer à l'idée de semaines de travail plus longues, d'un âge de départ à la retraite toujours plus éloigné, de revenus stagnants ou même en baisse, de conditions de travail toujours plus précaires.
Est-ce seulement de la propagande pour accroître encore la différence entre les plus pauvres et les plus riches ou cela reflète-t-il une « nécessité » économique désormais au coeur du capitalisme ? C'est encore pire dans le second cas car cela implique que le capitalisme n'a plus d'issue glorieuse possible.
Et pourtant l'anticapitalisme comme force politique est à la peine. Bien des espoirs mis dans la création du NPA sont restés sans lendemains. On peut penser que la politique d'ouverture qui avait présidé à sa création s'est arrêtée dès le lendemain de son congrès de fondation. Le nouveau parti s'est vite refermé sur lui-même. Le danger est d'imaginer qu'une nouvelle candidature d'Olivier Besancenot à la présidentielle de 2012 remettra les choses à leurs places. Cela risque seulement de « laguilleriser » celui qui représente toujours l'anticapitalisme le plus dynamique et le plus ouvert.
Que faut-il donc faire ? S'il y a bien eu un fait marquant aussi bien aux élections européennes que régionales, c'est la percée de l'écologie politique. On ne peut pas dire que les anticapitalistes soient restés insensibles à la question écologique. Un des plus gros cortèges politiques dans les manifestations qui ont accompagné le sommet de Copenhague était celui du NPA. Et pourtant, malgré tous ses efforts, le NPA est resté totalement inaudible. Comme si ce qu'il avait à dire sur le réchauffement de la planète n'intéressait personne. C'est là que quelque chose cloche. C’est ce qu’il faut réussir à changer en inventant et en rendant crédible une écologie populaire.
Le réchauffement de la planète n'est pas une « raison de plus » d'être anticapitaliste. La dimension écologique ne vient pas seulement s'« ajouter » à un programme prédéterminé. Elle doit changer la manière même d'être anticapitaliste pour une raison de plus en plus évidente : il est possible que nous héritions d'un monde qui ne puisse justement plus être transformé à cause des ravages écologiques opérés par le capitalisme. C'est ce que la philosophe Isabelle Stengers a identifié comme le début, parmi nous, de la barbarie.
Parmi les anticapitalistes certains rêvent d'une alliance entre ex-staliniens, ex-trotskystes et jauressiens qui se croient toujours jeunes. Disons-le tout net : c'est se tourner vers le passé. C'est rêver de recommencer ce qui a déjà échoué (l'union de la gauche) et qui ne peut finir que par servir de tremplin pour aider le PCF à retrouver sa place auprès du PS (ce qui, on s'en doute, ne serait pas non plus pour déplaire à ce dernier qui préfère de sages communistes à de turbulents anticapitalistes et est prêt à toutes les manœuvres dans ce but).
Se tourner vers le futur, c'est poursuivre l'ouverture de l'anticapitalisme à l'écologisme radical, celui des objecteurs de croissance – aujourd'hui en rupture violente avec l'orientation pro-capitalisme vert préconisée par Daniel Cohn-Bendit –, avec comme perspective la fusion des deux courants. C'est seulement dans une telle expérience que l'anticapitalisme pourra faire l'apprentissage de ce qu'il appelle souvent de manière trop abstraite l'écosocialisme.
L'occasion en sera fournie par l'élection présidentielle de 2012. C'est dès maintenant que les anticapitalistes doivent travailler à une candidature commune qui soit portée par un écologiste objecteur de croissance. S'ils veulent occuper toute la place qui leur revient, ils ne doivent pas s'y rallier le moment venu mais en prendre l'initiative dès maintenant.
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