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2010-08-31 11:57:35
Vient de paraître aux Empêcheurs de penser en rond/la Découverte:

Angelo Rinaldi

Dans un état critique

*

Fidèle à son goût pour l'autodérision, ainsi décrit-il cette corporation des critiques littéraires à laquelle il appartient :

« Paisibles alligators dont l'œil blasé affleure, depuis le jurassique, à la surface du marigot des lettres. » Lui, Angelo Rinaldi, c'est depuis moins longtemps, mais tout de même depuis plus de trente ans - et toutes ses dents - qu'il observe ce qui paraît et reparaît : romans, essais, poésies, biographies. De ses chroniques, il ressort une galerie de portraits qui « décoiffe », où le cocasse le dispute au tragique, et un tableau des mœurs certes à ne pas laisser entre toutes les mains. En même temps qu'on découvre, jamais blasé, un mémorialiste de la vie comme elle va : parfois belle à pleurer, si souvent donnant la nausée, tout de même à ne jamais désespérer, décidément foldingue. Recueil de 120 chroniques parues au Nouvel Observateur entre 1998 et 2003, on croisera ici des admirables et des affreux, des auteurs de toutes les époques et aussi différents qu'Elizabeth Taylor, Vialatte, Sciascia, Camilleri, Cassady, Mishima, Wilde et Max Jacob, les cardinaux de Retz et de Bernis, Céline, Racine et la Palatine, Beauvoir, Garcia Márquez, Chandler, O'Faolain, mais aussi Marc Levy et Christine Ockrent, et tant d'autres. Un florilège et un guide.

*

Depuis La Loge du gouverneur et La Maison des Atlantes (Prix Fémina 1971), Angelo Rinaldi est lui-même l’auteur de douze romans, dont le dernier paru est Résidence des Étoiles (Fayard, 2009).

*

*

Présentation. Vous avez dit : méchant ?

En guise d’introduction. Voix dans la nuit

1. Aymé est un bonheur (sur Michel Lecureur)

2. Dieu du ciel ! (sur Serge Bramly et Bettina Rheims)

3. Ernst, c’est du sérieux (sur Denis Lachaux)

4. Montherlant pause-café

5. Pensez donc (sur Georges Steiner)

6. Un cheminot proustien (sur Neal Cassady)

7. L’ouvre-boîtes (sur Félicien Marceau)

8. Léautaud : Maman est une putain

9. Herbart, général de l’ombre

10. Gustave est de retour (sur Michel Mohrt)

11. Bacon en tranches

12. Le dessert du Tartare (sur Christian Millau)

13. Hirsch roi et bouffon

14. Vendetta à la NRF (sur Jean Schlumberger)

15. Cent ans de platitude (sur Gabriel García Márquez)

16. Racine : O sole mio (sur Jean Schlumberger)

17. Vialatte au-dessus du volcan (sur Ferry Besson)

18. Vaine Recherche ! (sur Michel Schneider)

19. Musique en enfer (sur Anita Lasker Wallfisch)

20. Beaumarchais tarare-ponpon (sur Maurice Lever)

21. Le couronnement de l’ampleur !

22. En voiture avec Simone (sur Violette Leduc)

23. La douleur d’être gay (sur Didier Éribon)

24. Cloaca maxima (sur Pierre-André Taguieff)

25. Des Gommes à effacer (sur Alain Robbe-Grillet)

26. Klaus Mann : un ange passe

27. « C’était un chat en vadrouille. » . La veuve de Borges se souvient (sur Jorge Luis Borges)

28. Des cœurs simples (sur Pierre Moinot)

29. Elizabeth pique un phare (sur Elizabeth Taylor)

30. Le monde selon Savinio

31. La mort en ce jardin (sur Pierre-Jean Rémy)

32. Le siècle de Svevo

33. Au théâtre ce soir (sur Robert de Flers, Gaston Arman de Caillavet, Francis de Croisset)

34. Les vertus cardinales de Retz

35. Le toubib et la femme savante (sur Pierre Gandelman, Anne F. Garréta)

36. Pas gay du tout (sur Guillaume Dustan, Nicolas Pagès, Frédéric Huet)

37. Mussolini : du prolétariat au meurtre du peuple (sur Pierre Milza)

38. Qui a tué Monsieur Frankenstein ? (sur Christopher Bram)

39. L’étoile de Desnos

40 Comme un bouquet de proses (sur Georges Perros)

41. Saint-Martin : la porte des comédiens

42. Sir Harold Pinter milite

43. La passion selon milord Goriot (sur Anthony Blond)

44. Un Allemand de France (sur Georges-Arthur Goldschmidt)

45. Madame Sans-Gêne à Versailles (sur la princesse Palatine)

46. Un crucifié en Chanel (sur Jean Cocteau)

47. Les pas perdus (sur Roger Grenier)

48. La liberté toujours (sur Jean-Paul Sartre)

49. Du côté de Ploucland (sur Charles D’Ambrosio)

50. Monsieur Gide reçoit (sur Pierre Hérbart et Roger Kempf)

51. Sainte-Beuve, priez pour nous ! (sur Christine Arnothy, Marc Levy, André Stil)

52. Marguerite à Jamet

53. Et plus si affinités… (sur Bernard Delvaille)

54. Mamma Roma (sur Claude Imbert)

55. Ne réveillez pas Anouilh !

56. Le képi et la plume (sur Charles de Gaulle)

57. Un inconnu dans la ville (sur François Sentein)

58. Sous le signe de la balance (sur Nicolas Edme Rétif dit de La Bretonne)

59. Quand Rome menaçait Pirandello de l’asile (sur Luigi Pirandello)

60. Cocteau, Jacob et Dieu

61. Bernis : une ambition cardinale (sur Jean-Paul Desprat)

62. Né vieux, mort jeune (sur François Mauriac)

63. Un samouraï sur le divan (sur Yukio Mishima)

64. Cher Oscar (sur Oscar Wilde)

65. Un bouquet pour Iris (sur John Bayley)

66. Thé froid à New York (sur Dawn Powell)

67. Le bonheur est dans le Dupré (sur Guy Dupré)

68. Tout homme est une île (sur Elio Vittorini)

69. Un homme à flammes (sur Jean-François Revel)

70. La chambre royale (sur Marc Fumaroli)

71. Un ange passe (sur François Augiéras)

72. Un cœur simple (sur Dominique Fabre)

73. Malraux le menteur magnifique

74. Des mots qui tuent (sur Pierre Gandelman)

75. Des flammes au foyer (sur Pietro Citati)

76. La Révolution selon l’UDF (sur Éric Rohmer)

77. Une gueule d’atmosphère (sur Louis Jouvet)

78. Si l’hospice m’était conté… (sur Sacha Guitry)

79. Le sinologue et le vieux magot (sur Simon Leys)

80. Louise de France (sur Louise de Vilmorin)

81. Quand le bonheur était français (sur Marc Fumaroli)

82. L’école des cadavres (sur Patrick Declerck)

83. Dernières nouvelles de sa nuit (sur Henry de Montherlant)

84. Portrait de l’artiste en salaud (sur Francis Stuart)

85. Un comte à découvert (sur Peter Esterházy)

86. Senghor, seul

87. Colette, point final (sur Colette)

88. Divine surprise (sur Larry Brown)

89. Le dernier surréaliste (sur Alain Joubert)

90. Les insulaires (sur Ernesto Ferrero, Leonardo Sciascia, Alberto Moravia, Andrea Camilleri)

91. Cet amour-là… (sur Stephen McCauley, Christian Giudicelli)

92. Extérieur jour (sur Pierre Barillet)

93. Et Le Monde devint The World

94. Tous les mêmes (sur Patrice Bollon)

95. Le sang des partisans (sur John Blake et David Hart)

96. Le poète transatlantique (sur Ricardo Paseyro, Jules Supervielle)

97. Larronde de jour et de nuit (sur Olivier Larronde)

98. Figaro-ci

99. Jünger l’ambigu (sur Ernst Jünger)

100. La philosophie dans le foutoir (sur Élisabeth Badinter)

101. Le jardin de Cluny (sur Claude Michel Cluny)

102. Napoléonite

103. Surboum au Louvre (sur André Fermigier)

104. Le rouge à lèvres d’Auschwitz (sur Joseph Bialot)

105. Un esthète sauvé des eaux (sur Henri de Régnier)

106. Rue des boutiques obscures (sur Christophe Lefébure)

107. En vers et contre tous (sur Suzanne Julliard, William Cliff)

108. Hector fait les cuivres (sur Hector Berlioz)

109. Regain au pays d’O. (sur Jean d’Ormesson)

110. L’hiver, boulevard La-Tour-Maubourg (sur Françoise Giroud)

111. Sur les traces de Bernanos (sur Sébastien Lapaque)

112. L’inconnu du Palais-Royal (sur Emmanuel Berl et Jean d’Ormesson)

113. Bossuet chez Arletty (sur Guy Dupré)

114. Lisez Nuala O’Faolain (sur Nuala O'Faolain)

115. Paulhan : ici l’ombre (sur Laurence Brisset)

116. La doyenne des enfants (sur Béatrix Beck)

117. Les fantômes d’Alexandrie (sur François Sureau)

118. Aragon, si l’on veut (sur Aragon)

119. Petit Marcel sur grand écran (sur Harold Pinter)

120. C’est Giroud qu’on trahit (sur Christine Ockrent)


2010-08-31 11:57:35
Vient de paraître aux Empêcheurs de penser en rond/la Découverte:

Angelo Rinaldi

Dans un état critique

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Fidèle à son goût pour l'autodérision, ainsi décrit-il cette corporation des critiques littéraires à laquelle il appartient :

« Paisibles alligators dont l'œil blasé affleure, depuis le jurassique, à la surface du marigot des lettres. » Lui, Angelo Rinaldi, c'est depuis moins longtemps, mais tout de même depuis plus de trente ans - et toutes ses dents - qu'il observe ce qui paraît et reparaît : romans, essais, poésies, biographies. De ses chroniques, il ressort une galerie de portraits qui « décoiffe », où le cocasse le dispute au tragique, et un tableau des mœurs certes à ne pas laisser entre toutes les mains. En même temps qu'on découvre, jamais blasé, un mémorialiste de la vie comme elle va : parfois belle à pleurer, si souvent donnant la nausée, tout de même à ne jamais désespérer, décidément foldingue. Recueil de 120 chroniques parues au Nouvel Observateur entre 1998 et 2003, on croisera ici des admirables et des affreux, des auteurs de toutes les époques et aussi différents qu'Elizabeth Taylor, Vialatte, Sciascia, Camilleri, Cassady, Mishima, Wilde et Max Jacob, les cardinaux de Retz et de Bernis, Céline, Racine et la Palatine, Beauvoir, Garcia Márquez, Chandler, O'Faolain, mais aussi Marc Levy et Christine Ockrent, et tant d'autres. Un florilège et un guide.

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Depuis La Loge du gouverneur et La Maison des Atlantes (Prix Fémina 1971), Angelo Rinaldi est lui-même l’auteur de douze romans, dont le dernier paru est Résidence des Étoiles (Fayard, 2009). *

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2010-05-08 21:48:08
L'Odyssée de la mémoire

Un livre de Christine Bergé

Un nouveau livre aux Empêcheurs de penser en rond/La Découverte

*

*

Comment avons-nous appris à nous souvenir ? Comment avons-nous développé la maîtrise des gestes simples, marcher, tenir une fourchette, enfiler une veste ? Nous l'ignorons, nous l'avons oublié.

Certaines maladies sabotent les plus anciennes de nos acquisitions. Pourtant, les personnes souffrant de telles pertes usent de ressources insoupçonnées pour garder l'unité de leur « soi ».

Le pari de l'auteur est de considérer la mémoire non pas comme quelque chose d'inné et de naturel mais comme un acquis, une conquête, le produit d'une « technologie » dont les modèles se transforment au cours de l'histoire. Des arts de la mémoire, cultivés jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, aux recherches actuelles sur l'intelligence artificielle et la génétique, en passant par les thérapies psychiques qui cherchent à débusquer les « secrets pathogènes », nous avons toujours envisagé la question de la mémoire en la comparant à la technologie la plus en vogue : tablettes d'argile, peinture, bibliothèque, télégraphe, téléphone, ordinateur... Pour l'auteur, ces comparaisons ne sont pas sans effets. Elles révèlent ce qui est en jeu dans le choix des valeurs et de la destinée humaine. Les mystiques célébraient autrefois la Passion du Christ dans leurs propres chairs, se faisant mémoire et parchemins vivants sous le poinçon des stigmates. Aujourd'hui nous concevons l'homme comme une machine intelligente, nous fabriquons ses prothèses cognitives et préparons pour demain les modules implantables de mémoires artificielles que son cortex accueillera.

Dans ce voyage vertigineux à travers l'exploration de modèles éphémères, nous assistons à des « crimes psychiques ». Ceux qui résistent en pratiquant les anciens arts de la mémoire sont détruits. Maintenant que nous avons découvert la mémoire millénaire inscrite dans l'ADN, nous cherchons, non sans dangers, à la modifier.

*

L'Odyssée de la mémoire - Christine BERGÉ

2010-04-02 11:37:45
Un nouveau livre vient de paraître aux Empêcheurs de penser en rond :

Elisabeth Pélegrin-Genel

Des souris dans un labyrinthe. Décrypter les ruses et manipulations de nos espaces quotidiens

*

Quand on va au MacDo, a-t-on conscience qu’on fait la queue pour obliger le personnel à travailler plus vite ? Que les cuisines ouvertes permettent aux clients d’assurer eux mêmes la surveillance ? Au bureau de poste, les guichets ont disparu pour faire place à une boutique : chacun peut constater que la Poste est déjà privatisée… En se promenant dans des lieux publics ou privés que tout un chacun pratique quotidiennement, on peut décrypter les mises en scène, observer les usages que l’organisation des espaces encourage ou interdit, décoder les incitations à nous comporter de telle ou telle façon. Tel est l’objet de ce livre.

Car ce n’est pas un effet du hasard si le client se transforme en manager, l’usager en client, le flâneur en consommateur. Elisabeth Pélegrin-Genel s’intéresse aux « lieux communs » (restaurants, poste), aux espaces de la mobilité (routes, ronds-points), aux « bulles » dupliquées à l’infini, accessibles presque exclusivement en voiture (zones commerciales, lotissements). Elle étudie autant le brouillage des repères entre ville et campagne que la fabrication de ces univers enchantés soigneusement clos sur eux-mêmes (du grand magasin aux boutiques, des parcs de loisirs aux villages de vacances en passant par Paris-plage) dont l’objectif affiché reste l’étourdissement ravi du consommateur.

Elle se penche ensuite sur la disparition des murs et la passion de la transparence dont découlent de nouveaux modes de contrôle. Dans ce contexte, l’habitat est-il vraiment le dernier refuge de l’intimité ?

C’est un véritable manuel du savoir regarder qu’elle nous propose.

*

Elisabeth Pélegrin-Genel est architecte, urbaniste et psychologue du travail. Elle a publié plusieurs livres d’architecture chez ESF, Flammarion et aux éditions du Moniteur.

*

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Des souris dans un labyrinthe - Elisabeth Pélegrin-Genel

2010-04-02 11:37:44
Un nouveau livre vient de paraître aux Empêcheurs de penser en rond :

Elisabeth Pélegrin-Genel

Des souris dans un labyrinthe. Décrypter les ruses et manipulations de nos espaces quotidiens

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Quand on va au MacDo, a-t-on conscience qu’on fait la queue pour obliger le personnel à travailler plus vite ? Que les cuisines ouvertes permettent aux clients d’assurer eux mêmes la surveillance ? Au bureau de poste, les guichets ont disparu pour faire place à une boutique : chacun peut constater que la Poste est déjà privatisée… En se promenant dans des lieux publics ou privés que tout un chacun pratique quotidiennement, on peut décrypter les mises en scène, observer les usages que l’organisation des espaces encourage ou interdit, décoder les incitations à nous comporter de telle ou telle façon. Tel est l’objet de ce livre.

Car ce n’est pas un effet du hasard si le client se transforme en manager, l’usager en client, le flâneur en consommateur. Elisabeth Pélegrin-Genel s’intéresse aux « lieux communs » (restaurants, poste), aux espaces de la mobilité (routes, ronds-points), aux « bulles » dupliquées à l’infini, accessibles presque exclusivement en voiture (zones commerciales, lotissements). Elle étudie autant le brouillage des repères entre ville et campagne que la fabrication de ces univers enchantés soigneusement clos sur eux-mêmes (du grand magasin aux boutiques, des parcs de loisirs aux villages de vacances en passant par Paris-plage) dont l’objectif affiché reste l’étourdissement ravi du consommateur.

Elle se penche ensuite sur la disparition des murs et la passion de la transparence dont découlent de nouveaux modes de contrôle. Dans ce contexte, l’habitat est-il vraiment le dernier refuge de l’intimité ?

C’est un véritable manuel du savoir regarder qu’elle nous propose.

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Elisabeth Pélegrin-Genel est architecte, urbaniste et psychologue du travail. Elle a publié plusieurs livres d’architecture chez ESF, Flammarion et aux éditions du Moniteur.

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http://widget.yodawork.com/book/editis.swf?ean13=9782359250213&bookshop=ladecouverte&url=http://widget.yodawork.com/book


2010-03-03 11:27:01
En librairie à partir du 4 mars

aux Empêcheurs de penser en rond/La Découverte

Ce que les savants pensent de nous et pourquoi ils ont tort. Critique de Pierre Bourdieu

Un livre de Pierre Verdrager

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Ce que les savants pensent de nous et pourquoi ils ont tort - Pierre Verdrager

2010-03-03 11:27:00
En librairie à partir du 4 mars

Un nouveau livre aux Empêcheurs de penser en rond

http://widget.yodawork.com/book/editis.swf?ean13=9782359250039&bookshop=ladecouverte&url=http://widget.yodawork.com/book

2010-02-19 12:28:22
Le plus religieux n'est pas celui qu'on croit

Une tribune d'Isabelle Stengers et de Philippe Pignarre dans Le Monde daté du samedi 20 février 2010

Comment désormais croiser une femme voilée dissimulant ses cheveux sur quelque mode que ce soit, sans se demander : a-t-elle encore le droit d’avoir des idées politiques ? Si sa candidature à une élection pose problème, ne sera-t-elle pas, demain, privée du droit de vote ?

La nécessité de faire attention aux conséquences des propos que l’on tient n’est évidemment pas ce qui est le mieux partagé. Quelles sont les conséquences de ce rejet hors de la sphère politique des femmes portant le foulard ? Comment ne pas trembler en entendant les appels à « éradiquer » le voile (le mot est de Fadela Amara) qui ont suivi l’annonce qu’une candidate du NPA en portait un. De Nadine Morano à Jean-Luc Mélenchon, il semble bien y avoir unanimité dans l’excommunication : aurait-on enfin trouvé à cette occasion ce qui définit l’« identité nationale » ? Que ce soit une candidate du NPA est bien sûr ce qui permet de se déchaîner. N’y aurait-il pas là trahison à l’encontre des mouvements de libération et d’émancipation dont ce parti se doit d’être solidaire ?

Et si c’était précisément parce qu’il s’agit d’un parti pour qui la politique compte, pour qui la libération ou l’émancipation sont toujours des devenirs, solidaires de luttes, que le NPA ne se conformait pas aux mots d’ordre de la bien-pensance progressiste ? Et s’il avait raison de refuser le rassemblement autour de l’étendard de « nos valeurs ». Comme si l’émancipation des femmes était inscrite dans le ciel des idées, ou était tombée de l’arbre de notre « civilisation » à la manière d’une pomme, quand elle est mûre. Il y a toujours chez les bien pensants comme une amnésie des luttes, au nom de ce qui a été « acquis », et c’est ce qui rend ces acquis, séparés de la mémoire active de leur création, vulnérables à une capture qui transforme leur signification. Là les droits conquis par les travailleurs sont impunément caractérisés comme des charges, à alléger bien sûr. Ici les droits à la non discrimination des femmes, ou des homosexuel/les servent à stigmatiser quiconque tente de prendre une position qui n’exclue pas a priori ceux et celles à qui il s’agit de s’adresser, avec qui il s’agit de penser et de devenir. Non, il faut s’incliner devant ces droits comme devant de grands principes transcendants dont la fonction est précisément de nous éviter la nécessité (la difficulté) de penser collectivement : on ne transige pas, on juge et on condamne. Comment appeler cela autrement qu’une religion ? Cela nous rappelle un autre débat, où les partis de gauche se sont montrés aussi stupides que ceux de droite : celui sur les drogues illégales. Sous prétexte d’une « guerre à la drogue », c’est en fait une « guerre aux drogués » qui a été et qui continue d’être menée. Les usagers de drogues illégales ont été interdits de soins pendant longtemps (sauf à accepter d’entrer dans un programme d’abstinence), mis en prison, toujours plus marginalisés socialement. Faut-il défendre l’usage de drogues ? C’est là une question truquée comme la droite adore en fabriquer pour nous empêcher de penser, pour que les problèmes ne puissent pas être explorés collectivement. Du point de vue d’un parti pour qui une question n’est pas séparable des mouvements qui contribuent à en inventer les solutions, le droit pour les usagers de drogues illicites d’être des « citoyens comme les autres », leur possibilité de se réunir, d’échanger autour de leur expérience des drogues, donc d’exister comme une force sociale, est primordial : c’est ce qui permet que l’on commence à passer d’une question de police à une question politique.

Ce sont justement les mouvements féministes qui nous ont appris une autre manière de faire de la politique, avec l’invention de ces groupes où il s’agissait de produire une situation rendant capable de penser, de dire, pour chacune et avec les autres, comment ce qui est personnel est politique. C’est là que s’est fait le premier apprentissage des manières, on dira même des techniques, qui produisent une capacité de penser et agir ensemble sur un mode qui est celui de l’intelligence collective. Loin de toute transcendance qui détache et abstrait, qui permet de juger au nom de quelque chose de général, il s’agit alors d’apprendre, d’expérimenter, de créer de la pensée et de l’action en commun, même si cela ne va jamais de soi. Même si ce n’est jamais facile.

Si la création du NPA a pu avoir un sens, même pour ceux qui comme nous n’en sont pas membres mais qui refusent les impératifs capitalistes, c’est dans la promesse de ne pas faire de la politique comme en font les partis classiques, c’est-à-dire en supposant les problèmes résolus dans le ciel des idées avant même que ceux qui sont concernés aient trouvé les moyens de se les approprier et d’en formuler les termes dans une syntaxe qui leur convienne. C’est dans la promesse d’inventer des modes d’exploration qui ne se bornent pas à accueillir mais acceptent, et ce n’est pas facile, de faire mouvement avec les pratiques, les expériences et les expérimentations de tous ceux, toutes celles, qui luttent contre le désordre capitaliste et les questions truquées de l’État.

Nous sommes certainement nombreux à penser : pourvu que le NPA ne cède pas à la tentation de la facilité, aux idées générales rassurantes, à la politique du bon sens qui lui est proposée de toutes parts ; pourvu qu’il prouve à cette occasion sa capacité à fabriquer les questions politiques avec celles qui sont concernées et en premier lieu, ici, les femmes qui ont choisi de porter le voile et celles qui ont fait le choix inverse, réunies, au-delà de leurs choix divergents par des ennemis communs : le capitalisme, mais aussi les servants de l’ordre établi, de la politique réduite à la police. Bref ceux, et malheureusement celles qui n’ont pas très envie qu’elles apprennent à penser et agir ensemble. Mais cela implique de mettre son jugement en suspend, de refuser de séparer le monde entre, d’un côté, les laïcs et féministes éclairés et, de l’autre, les obscurantistes. Cela suppose de ne pas croire tout savoir sur les raisons pour lesquelles une femme porte le foulard et accepter d’entrer dans un processus de cohabitation et d’apprentissage. Cela revient à ne plus se comporter en juges mais en aventuriers de la démocratie.


2010-02-19 12:28:22
Le plus religieux n'est pas celui qu'on croit

(Une tribune d'Isabelle Stengers et de Philippe Pignarre dans Le Monde daté du samedi 20 février 2010)

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Comment désormais croiser une femme voilée dissimulant ses cheveux sur quelque mode que ce soit, sans se demander : a-t-elle encore le droit d’avoir des idées politiques ? Si sa candidature à une élection pose problème, ne sera-t-elle pas, demain, privée du droit de vote ?

La nécessité de faire attention aux conséquences des propos que l’on tient n’est évidemment pas ce qui est le mieux partagé. Quelles sont les conséquences de ce rejet hors de la sphère politique des femmes portant le foulard ? Comment ne pas trembler en entendant les appels à « éradiquer » le voile (le mot est de Fadela Amara) qui ont suivi l’annonce qu’une candidate du NPA en portait un. De Nadine Morano à Jean-Luc Mélenchon, il semble bien y avoir unanimité dans l’excommunication : aurait-on enfin trouvé à cette occasion ce qui définit l’« identité nationale » ? Que ce soit une candidate du NPA est bien sûr ce qui permet de se déchaîner. N’y aurait-il pas là trahison à l’encontre des mouvements de libération et d’émancipation dont ce parti se doit d’être solidaire ?

Et si c’était précisément parce qu’il s’agit d’un parti pour qui la politique compte, pour qui la libération ou l’émancipation sont toujours des devenirs, solidaires de luttes, que le NPA ne se conformait pas aux mots d’ordre de la bien-pensance progressiste ? Et s’il avait raison de refuser le rassemblement autour de l’étendard de « nos valeurs ». Comme si l’émancipation des femmes était inscrite dans le ciel des idées, ou était tombée de l’arbre de notre « civilisation » à la manière d’une pomme, quand elle est mûre. Il y a toujours chez les bien pensants comme une amnésie des luttes, au nom de ce qui a été « acquis », et c’est ce qui rend ces acquis, séparés de la mémoire active de leur création, vulnérables à une capture qui transforme leur signification. Là les droits conquis par les travailleurs sont impunément caractérisés comme des charges, à alléger bien sûr. Ici les droits à la non discrimination des femmes, ou des homosexuel/les servent à stigmatiser quiconque tente de prendre une position qui n’exclue pas a priori ceux et celles à qui il s’agit de s’adresser, avec qui il s’agit de penser et de devenir. Non, il faut s’incliner devant ces droits comme devant de grands principes transcendants dont la fonction est précisément de nous éviter la nécessité (la difficulté) de penser collectivement : on ne transige pas, on juge et on condamne. Comment appeler cela autrement qu’une religion ? Cela nous rappelle un autre débat, où les partis de gauche se sont montrés aussi stupides que ceux de droite : celui sur les drogues illégales. Sous prétexte d’une « guerre à la drogue », c’est en fait une « guerre aux drogués » qui a été et qui continue d’être menée. Les usagers de drogues illégales ont été interdits de soins pendant longtemps (sauf à accepter d’entrer dans un programme d’abstinence), mis en prison, toujours plus marginalisés socialement. Faut-il défendre l’usage de drogues ? C’est là une question truquée comme la droite adore en fabriquer pour nous empêcher de penser, pour que les problèmes ne puissent pas être explorés collectivement. Du point de vue d’un parti pour qui une question n’est pas séparable des mouvements qui contribuent à en inventer les solutions, le droit pour les usagers de drogues illicites d’être des « citoyens comme les autres », leur possibilité de se réunir, d’échanger autour de leur expérience des drogues, donc d’exister comme une force sociale, est primordial : c’est ce qui permet que l’on commence à passer d’une question de police à une question politique.

Ce sont justement les mouvements féministes qui nous ont appris une autre manière de faire de la politique, avec l’invention de ces groupes où il s’agissait de produire une situation rendant capable de penser, de dire, pour chacune et avec les autres, comment ce qui est personnel est politique. C’est là que s’est fait le premier apprentissage des manières, on dira même des techniques, qui produisent une capacité de penser et agir ensemble sur un mode qui est celui de l’intelligence collective. Loin de toute transcendance qui détache et abstrait, qui permet de juger au nom de quelque chose de général, il s’agit alors d’apprendre, d’expérimenter, de créer de la pensée et de l’action en commun, même si cela ne va jamais de soi. Même si ce n’est jamais facile.

Si la création du NPA a pu avoir un sens, même pour ceux qui comme nous n’en sont pas membres mais qui refusent les impératifs capitalistes, c’est dans la promesse de ne pas faire de la politique comme en font les partis classiques, c’est-à-dire en supposant les problèmes résolus dans le ciel des idées avant même que ceux qui sont concernés aient trouvé les moyens de se les approprier et d’en formuler les termes dans une syntaxe qui leur convienne. C’est dans la promesse d’inventer des modes d’exploration qui ne se bornent pas à accueillir mais acceptent, et ce n’est pas facile, de faire mouvement avec les pratiques, les expériences et les expérimentations de tous ceux, toutes celles, qui luttent contre le désordre capitaliste et les questions truquées de l’État.

Nous sommes certainement nombreux à penser : pourvu que le NPA ne cède pas à la tentation de la facilité, aux idées générales rassurantes, à la politique du bon sens qui lui est proposée de toutes parts ; pourvu qu’il prouve à cette occasion sa capacité à fabriquer les questions politiques avec celles qui sont concernées et en premier lieu, ici, les femmes qui ont choisi de porter le voile et celles qui ont fait le choix inverse, réunies, au-delà de leurs choix divergents par des ennemis communs : le capitalisme, mais aussi les servants de l’ordre établi, de la politique réduite à la police. Bref ceux, et malheureusement celles qui n’ont pas très envie qu’elles apprennent à penser et agir ensemble. Mais cela implique de mettre son jugement en suspend, de refuser de séparer le monde entre, d’un côté, les laïcs et féministes éclairés et, de l’autre, les obscurantistes. Cela suppose de ne pas croire tout savoir sur les raisons pour lesquelles une femme porte le foulard et accepter d’entrer dans un processus de cohabitation et d’apprentissage. Cela revient à ne plus se comporter en juges mais en aventuriers de la démocratie.


2010-02-07 23:08:36
Un nouveau livre aux Empêcheurs de penser en rond:

Paul Ariès

La simplicité volontaire contre le mythe de l'abondance


2009-12-02 23:58:10
Une tribune d'Isabelle Stengers à lire dans Libération
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http://www.liberation.fr/terre/0101605740-copenhague-il-ne-faut-pas-se-fier-au-capitalisme-vert


2009-10-20 14:34:50
Penser le tourisme sexuel

Une interview de Sébastien Roux

Un excellent article à lire sur le site de la revue Contretemps :

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http://contretemps.eu/interviews/penser-tourisme-sexuel


2009-10-12 11:43:31
Je vous invite à lire ce formidable article publié par Angelo Rinaldi en 2005 (à propos de La Mauvaise Vie de Frédéric Mitterrand).
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Vive Mitterrand !

Premier point : pour le peu que nous avions lu sous sa plume, nous n’avions pas prêté une attention particulière à son patronyme. À la foire, n’est-ce pas ? plus d’un âne s’appelle Martin. Et la misère télévisuelle dans laquelle nous végétons nous permettait d’ignorer le reste de ses activités. Mais, compte tenu des qualités de la confession qu’il publie aujourd’hui, le goût de vérifier ne mourant jamais dans le cœur du journaliste qui commença par les coups de couteau de la garde-barrière à son amant cheminot, nous sommes allés consulter le service des archives, où c’est un crève-cœur de ne pas trouver un dossier à son propre nom…

Pas de doute, Frédéric Mitterrand appartient bien à la famille que l’on connaît encore. Elle pourra, à l’avenir, se targuer d’avoir eu un écrivain de talent parmi les siens. Second point : l’auteur va si loin dans la franchise qu’il met le critique au défi de ne pas le suivre. On préférera la litote, l’euphémisme, la paraphrase, le sous-entendu. On s’en voudrait de participer au feu de peloton qu’il ordonne à son détriment. D’ajouter aux sarcasmes qu’il s’inflige, non sans une certaine complaisance parfois, reprenant, à son sujet, les termes de mépris dont les imbéciles continuent de couvrir ses semblables, « ses frères, et pourtant plus parfaits que lui-même » Comme un poète aurait dit.

Semblable, sera le mot qui marquera, ici, la frontière. Concédons encore « différence », au cas bien improbable où le lecteur n’aurait pas deviné où se place la blessure qui n’en finit pas de suppurer. M. Mitterrand élargit, nettoie, récure en chirurgien qui dédaignerait l’anesthésie locale à son profit. Forfanterie, ou courage du petit Spartiate qui, selon la légende enseignée jadis au collège, se laissa dévorer les entrailles par un renard, plutôt que de crier ? Dans ce carnage intime, passe inévitablement l’ombre de Drieu La Rochelle. Elle se profile à la page 230, lorsque, depuis longtemps pour l’auteur, a débordé le sac des humiliations et des échecs, et aussi dans les tiroirs, les photos de ceux qui n’ont pas deviné ou voulu comprendre, à tous égards. « On ne sait jamais ce que l’on représente pour les autres. » Mais rien, en général, cher ami, que je n’ai jamais rencontré, et qui inspirez la sympathie par votre douleur. Rien. Et, d’habitude, à nos âges, on s’y est résigné…

M. Mitterrand, qui ne sera peut-être jamais que l’écrivain d’un seul livre – celui-là, qui suffirait à beaucoup – rallie tout à coup, et avec éclat, la copieuse école de la médisance de soi. Comme si, en matière de dureté, amis, proches, relations et confrères, dans le tréfonds de leur cœur, n’en avaient pas autant à notre service. On a cité Drieu. Il y en a cependant quantité d’autres, sur la liste des artistes déçus par eux-mêmes, alors qu’ils valaient tellement mieux que leurs censeurs. On les voit toujours suivre la pente au bout de laquelle, par une honnêteté devenue folle, l’intrépide dénonce sa lâcheté, le généreux son avarice, et le modeste sa prétention.

« J’avais affreusement peur de ce que j’étais », dit M. Mitterrand de l’adolescent qu’il fut, et continue d’être par certains côtés (le ciel fasse qu’il les sauve). Est-ce le sentiment de culpabilité qui, toute sa vie, le poussa à ne chercher que la compagnie des bourreaux, du moins au moral ? Il en propose un échantillonnage : beaucoup de spécimens, qu’il a tirés de son milieu d’origine - soit une « bourgeoisie parisienne, libérale, plutôt de gauche et laïque » - ; et jamais, cependant, il ne paraît se rendre compte qu’il doit à la singularité, dont il a souffert, de ne pas en reproduire les défauts. On recommande le chapitre consacré à celui qu’il baptise Quentin pour brouiller les pistes, un rouquin à la peau laiteuse, et à la coiffure de chèvrefeuille, qui, un jour, entraînera toute sa famille dans la mort. Si le diable passa sur terre cette année-là il avait son visage.

Il y a, dans le livre, abondance de portraits qui égalent celui-là. Ils ne sont pas seulement ressemblants, si l’on en juge par une certaine Celia, que l’on croit identifier, ainsi que telle actrice d’une beauté conservée par les soins les plus jaloux. Parce que, au bout de quelques années, dans cette ville, n’importe quel quidam a plus ou moins frayé avec quelqu’un qui a serré la main du président de la République au Salon de l’agriculture.

Pour chaque portrait, jusque dans la tendresse – quand il parle de sa mère et de sa grand-mère, M. Mitterrand trouve la phrase qui peint, le mot qui déshabille ; et ses jugements sont d’autant plus perspicaces qu’ils sont énoncés avec la sorte d’indulgence lasse d’un juge qui se sentirait encore plus coupable que l’accusé. Tout bien considéré, c’est la posture même du romancier que M. Mitterrand se refusa d’être - en quoi il a eu tort, oubliant que le roman en dit beaucoup plus long que l’autobiographie, parce qu’il le dit à l’insu du narrateur. M. Mitterrand avait l’étoffe pour cela, même si les femmes, il les décrit moins bien que les hommes, ayant toujours l’air de leur adresser le Madame des personnages de Racine. L’assassinat de Pasolini, qui le hante, lui inspire des réflexions qui n’avaient encore traversé l’esprit de personne. Il servira de transition avec sa propension à l’achat des corps qui donnent du plaisir à la demande – il ne s’en cache pas. La maison de rendez-vous a beaucoup inspiré la littérature. Pour La Maison Tellier, la critique, en son temps, a crié à « l’ ordure ». On n’a pas oublié celle de A vau-l’eau, de Huysmans, fraîche et champêtre sous les lilas blancs, ni l’hôtel de Jupien où les gigolos, avant de partir, ramassent leur médaille militaire sous le canapé. Et elle est logique, la curiosité du romancier pour de tels lieux où cesse enfin la comédie sociale, et où l’individu se montre dans la vérité. Le carnet d’adresses de M. Mitterrand mentionne encore l’établissement de Mme Madeleine, à Pigalle, que Jouhandeau et Jean-Louis Bory fréquentèrent par le passé. Lequel des deux nous a raconté que, certains soirs, la loge ressemblait à une antichambre du Conseil d’État, de l’Assemblée nationale ou du Collège de France ? Les écrivains exagèrent toujours un peu.

Dès lors qu’il a tout avoué, et que sa confession vaut probablement exorcisme aux accents chrétiens, mais oui, l’auteur s’intéressera sans doute à des problèmes différents. Il méditera peut-être sur l’emploi du point-virgule. Montherlant soutenait que la littérature commence avec ce signe de ponctuation. Montherlant avait raison. Mais si l’on abuse du point-virgule comme fait M. Mitterrand, il en résulte dans la longue phrase une impression d’élan brisé et, presque, de coitus interruptus. Comment doser la chose ? Voilà de quoi occuper l’esprit de l’artiste, une fois réglées ces affaires de tamponnement, où M. Mitterrand a perdu beaucoup de temps, de larmes et d’illusions. À la fin des fins, l’amour, c’est pour ceux qui n’ont rien d’autre.

Monsieur Mitterrand a une belle plume, et un beau métier.

Angelo Rinaldi


2009-10-07 12:46:20
Comprendre ce qui se passe à France Telecom
Je vous conseille vivement d'aller lire l'article passionnant de Gildas Renou sur le site du Mauss. vous ne serez pas déçu

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http://www.journaldumauss.net/spip.php?article553


2009-05-31 19:14:51
Vient de paraitre aux éditions La Découverte :

Philippe Pignarre

Être anticapitaliste aujourd'hui

Les défis du NPA

Pour en savoir plus :


2009-04-02 13:16:49
Vient de paraître aux Empêcheurs de penser en rond/la Découverte :

Classé X

Petits secrets des classes prépa

Teodor Limann

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Maths sup, Maths spé, Polytechnique : c’est le chemin de l’élite. Mais les bacheliers qui s’engagent dans cette voie savent-ils ce qui les attend ? La journée de travail du taupin commence à 8 heures, finit à minuit ; la vie, l’actualité et le bruit du monde s’arrêtent à la porte de sa classe ; la réussite aux concours est une véritable question de vie ou de mort ; les épreuves sont des batailles ambiguës dont on ressort à chaque fois mi-vainqueur et mi-vaincu. Leur succession finit par façonner une véritable technique, accrocheuse, productive et maîtrisée, un art du devoir en temps limité. Ainsi se forment les bêtes à concours.

Certains deviennent brutalement taciturnes, insomniaques, obsessionnels. Si la plupart ont la bosse des maths en arrivant, tous repartent avec un traumatisme crânien. « Mon cerveau a vomi ce qui lui a été inculqué, si bien que je serais aujourd’hui incapable de donner des cours en première année de fac. Lorsque je m’oblige parfois à exhumer de veilles formules, c’est avec peine, et plein du sentiment étrange et douloureux que cet élève n’était pas moi. »

Quel impératif national justifie qu’une partie de la jeunesse se mutile en sacrifiant ses meilleures années ? Comment ceux qui ont été ainsi formés affrontent-ils le monde du travail et s’y comportent-ils ?

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Teodor Limann est un ancien polytechnicien, aujourd'hui cadre dirigeant dans une grande entreprise. Il est l’auteur de Morts de peur. La vie de bureau (Les Empêcheurs de penser en rond, 2007).

Pour en savoir plus :

Vient de paraître :

Philippe Pignarre

Etre anticapitaliste aujourd'hui

Les défis du NPA

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Pour en savoir plus :


2009-03-05 14:28:57
Deux nouveaux livres édités par Les Empêcheurs de penser en rond/La Découverte
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Simha Arom

LA FANFARE DE BANGUI

Itinéraire enchanté d'un ethnomusicologue

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Ça commence comme un roman d’aventure : un coup de fil du ministère des Affaires étrangères israélien propose en 1963 à un corniste de l’orchestre symphonique de la radio de partir en République centrafricaine, dans le cadre d’un programme de coopération : le président centrafricain veut une fanfare…

Il n’y aura jamais de fanfare. Mais Simha Arom découvre des musiques extraordinaires, notamment celle des Pygmées et il est immédiatement bouleversé : « Je sentais que leur musique venait du fond des âges, mais aussi, d’une certaine manière, du plus profond de moi-même. Pourtant, je ne pouvais les connaître, n’ayant jamais rien entendu de semblable. C’était affolant. Comment ces musiciens faisaient-ils ? J’en étais tout ahuri. » Pour comprendre, Simha Arom va faire un long périple en Centrafrique. Il va inventer de nouvelles méthodes de recherche, créer un musée des arts et traditions populaires, multiplier les enregistrements. Il deviendra un ethnomusicologue de réputation mondiale.

De la forêt où vivent les Pygmées dans des conditions difficiles, jusqu’aux scènes des festivals de musique en Europe où ils se produisent désormais, Simha Arom nous raconte au quotidien ces rencontres qui ont changé sa vie.

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Simha Arom, corniste de formation et musicologue, est directeur de recherche émérite au CNRS. Il est Médaille d’argent du CNRS (1984) et a reçu à quatre reprises le Grand Prix de l’Académie Charles-Cros dont le Prix du Président de la République. En 2008, il a reçu le Koizumi Fumio Prize for Ethnomusicology (Tokyo) et le Prix international de la Fondation Fyssen.

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Pour en savoir plus :

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Bertrand Méheust

LA POLITIQUE DE L’OXYMORE

Comment ceux qui nous gouvernent nous masquent la réalité du monde

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Les démocraties modernes possèdent-elles les ressorts nécessaires pour prévenir et affronter la catastrophe écologique due au réchauffement climatique ? Comme l’explique Bertrand Méheust, ce n’est pas de l’écologie libérale et du « développement durable » que viendra la réponse : ces discours consistent à graver dans l’esprit du public l’idée que l’écologie est compatible avec la croissance et même mieux, qu’elle la réclame afin de masquer l’incompatibilité entre la société globalisée dirigée par le marché et la préservation de la biosphère. Un univers mental ne renonce jamais à lui-même si des forces extérieures ne l’y contraignent pas. Le système a saturé tout l’espace disponible et est à l’origine de tensions de plus en plus fortes. Pour les masquer ceux qui nous gouvernent pratiquent la politique de l’oxymore. Forgés artificiellement pour paralyser les oppositions potentielles, les oxymores font fusionner deux réalités contradictoires : « développement durable », « agriculture raisonnée », « marché civilisationnel », « flexisécurité », « moralisation du capitalisme », « mal propre », etc. Ils favorisent la destruction des esprits, deviennent des facteurs de pathologie et des outils de mensonge. Plus l’on produit d’oxymores et plus les gens sont désorientés et inaptes à penser. Utilisés à doses massives, ils rendent fou. Ainsi, si le pouvoir de Sarkozy fait rupture, c’est par la production et l’usage cynique, sans précédent dans la démocratie française, d’oxymores à grande échelle.

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Bertand Méheust est philosophe. Il est spécialiste de l’histoire de la psychologie.

Pour en savoir plus :


2009-02-11 15:11:30
Vient de sortir aux Empêcheurs de penser en rond/la Découverte

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La dernière marche de l’Empire

Une éducation saharienne

Sophie Caratini

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Un an après être sorti de Saint-Cyr, en 1933, le lieutenant Jean du Boucher (1910-1998), est affecté en Mauritanie, aux confins du Sahara espagnol, comme méhariste des Groupes Nomades de l’armée française en compagnie de 80 goumiers et 120 tirailleurs sénégalais. Leur mission est d’en finir avec la « dissidence » de tribus de nomades guerriers du Sahara nord-occidental et d’occuper leur territoire.

Nous suivons au jour le jour leurs déplacements à chameaux dans un désert où il est toujours possible de s’égarer au risque de mourir de soif. Dans ce récit écrit à la première personne, Jean du Boucher raconte sa vie et celle de ses compagnons dont il a découvert et aimé les comportements, les modes de vie, les codes d’honneur, etc. Il apprend leur langue et se marie même deux fois selon leur coutume. Il témoigne aussi de la fragilité des équilibres entre les tribus chamelières et la nature, que la présence militaire étrangère menace de détruire.

Mais c’est tout autant le surprenant fonctionnement de l’armée française, les relations entre Paris et les unités sur le terrain, les civils et les militaires, les rapports, enfin, avec la Légion étrangère qui sont racontés ici avec humour et ironie.

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Sophie Caratini est anthropologue et écrivain. Directrice de recherche au CNRS, spécialiste des grands nomades du nord-mauritanien, elle est l’auteur de plusieurs ouvrages et de nombreux articles qui allient avec talent la littérature à la science. *

Pour en savoir plus, des extraits du livre sont disponibles en ligne :


2009-01-13 15:13:18
Deux nouveaux livres édités par Les Empêcheurs de penser en rond (La Découverte)
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Isabelle Stengers

AU TEMPS DES CATASTROPHES

Résister à la barbarie qui vient

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Nous avons changé d’époque : l’éventualité d’un bouleversement global du climat s’impose désormais. Pollution, empoisonnement par les pesticides, épuisement des ressources, baisse des nappes phréatiques, inégalités sociales croissantes ne sont plus des problèmes pouvant être traités de manière isolée. Le réchauffement climatique a des effets en cascade sur les êtres vivants, les océans, l’atmosphère, les sols. Et il signifie que nous n’avons pas affaire à un « mauvais moment à passer » avant que tout ne redevienne « normal ». Nos dirigeants sont totalement incapables de prendre acte de la situation. Guerre économique oblige, notre mode de croissance actuel, irresponsable, voire criminel, doit être maintenu coûte que coûte.

Ce n’est pas pour rien que la catastrophe de la Nouvelle-Orléans a frappé les esprits : la réponse qui lui a été apportée – l’abandon des pauvres tandis que les riches se mettaient à l’abri – apparaît comme un symbole de la barbarie qui vient, celle d’une Nouvelle-Orléans à l’échelle planétaire. Mais dénoncer n’est pas suffisant. Il s’agit d’apprendre, et cela à toute échelle, à briser le sentiment d’impuissance qui nous menace, à expérimenter ce que demande la capacité de résister aux expropriations et aux destructions du capitalisme. La résistance aux OGMs montre comment l’habituelle répartition des tâches entre l’État et le capitalisme peut se mettre à bégayer. Elle pourrait être le signe annonciateur de nouvelles pratiques où les temps de la lutte et de la création apprennent à se conjuguer. L’unité requise par la lutte politique passe par la constitution de caisses de résonance telles que ce que vivent les uns fasse penser et agir les autres, mais aussi que ce que réussissent les uns, ce qu’ils font exister, devienne autant de ressources pour les autres.

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Isabelle Stengers, philosophe, enseigne à l’Université libre de Bruxelles. Elle est l’auteur de nombreux livres sur l’histoire et la philosophie des sciences, dont, à La Découverte, L’Invention des sciences modernes (1993), (avec Philippe Pignarre), La Sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoûtement (2005, 2007) et, aux Empêcheurs de penser en rond, La Vierge et le neutrino. Les scientifiques dans la tourmente (2006).

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Pour en savoir plus :

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Annick Tournier

CORPS À CORPS AVEC PARKINSON

Ça commence de manière insidieuse : gestes saccadés et approximatifs, lenteurs, lourdeurs, raideurs, douleurs diffuses, fatigue, insomnie. « J’étais devenue pataude. Je me souviens de ce jour de petite fête familiale. De la musique sympa. Par réflexe on se lève, on se mêle à ceux qui se déhanchent et là patatras : les chaussons de danse ont été remplacés par des Pataugas et on danse de façon grotesque. Si on avait moins de fierté, on pleurerait. » C’est à 53 ans qu’Annick Tournier apprend qu’elle est atteinte de la maladie de Parkinson. Comme dans un mauvais rêve… Et le premier sentiment est de honte. Elle a tellement honte qu’elle ne peut se résoudre à le dire. Chaque jour la maladie s’impose un peu plus : les automatismes sont de moins en moins automatiques, les réflexes s’émoussent.

Cette maladie sournoise porte le nom de son découvreur, le médecin britannique James Parkinson (1755-1824). On a appris beaucoup de choses sur les causes possibles de cette pathologie, mais on ne sait toujours pas la soigner. Annick Tournier raconte avec beaucoup de sensibilité la vie quotidienne, les relations avec les médecins, le kinésithérapeute, le réapprentissage des actes de tous les jours qu’impose la progression inéluctable de la maladie. Car à défaut de guérir, il faut jouer la montre ! Comment ne pas perdre son identité quand on perd son autonomie ? Comment apprendre à cohabiter avec un double en cours de déstructuration ?

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Pour en savoir plus :

Vivre avec une maladie de Parkinson - Ma-Tvideo France3
Annick Tournier, 61 ans, est atteinte de la maladie de Parkinson. Elle nous confie son quotidien : le regard des autres, les attitudes qui l'énervent le plus... Et donne quelques conseils à tous ceux atteints de cette maladie.

2008-10-24 12:14:21
Je suis l'éditeur à La Découverte d'un nouveau livre :

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Grégoire Chamayou

LES CORPS VILS

Expérimenter sur les êtres humains (XVIIIe - XIXe siècle)

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Écoutez Diderot justifier la vivisection des condamnés à mort, devenus inhumains par leur déchéance civique. Écoutez Pasteur demander à l’Empereur du Brésil des corps de détenus pour expérimenter de dangereux remèdes. Écoutez Koch préconiser l’internement des indigènes auxquels il administrait des injections d’Arsenic. « On expérimente les remèdes sur des personnes de peu d’importance » disait Furetière en 1690 dans son Dictionnaire universel.

Ce sont les paralytiques, les orphelins, les bagnards, les prostituées, les esclaves, les colonisés, les fous, les détenus, les internés, les condamnés à mort, les « corps vils » qui ont historiquement servi de matériau expérimental à la science médicale moderne. Ce livre raconte cette histoire occultée par les historiens des sciences. À partir de la question centrale de l’allocation sociale des risques (qui supporte en premier lieu les périls de l’innovation ? qui en récolte les bénéfices ?), il interroge le lien étroit qui s’est établi, dans une logique de sacrifice des plus vulnérables, entre la pratique scientifique moderne, le racisme, le mépris de classe, et la dévalorisation de vies qui ne vaudraient pas la peine d’être vécues. Comment, en même temps que se formait la rationalité scientifique, a pu se développer ce qu’il faut bien appeler des « rationalités abominables », chargées de justifier l’injustifiable ?

Cette étude historique des technologies d’avilissement appelle ainsi à la constitution d’une philosophie politique de la pratique scientifique.

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Grégoire Chamayou, ancien élève de l’ENS-LSH, est agrégé de philosophie.


2008-09-29 17:43:14
Je suis l'éditeur de deux nouveaux livres à La Découverte qui seront en librairie le 9 octobre :
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L’ÉCONOMIE SCIENCE DES INTERETS PASSIONNES

Bruno Latour, Vincent Antonin Lépinay

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Et si la science économique avait tout mis à l’envers ? C’est la proposition que font les auteurs de ce petit livre en se situant explicitement dans la voie ouverte par Gabriel Tarde. Ils proposent une complète inversion de nos habitudes : rien dans l’économie n’est objectif, tout est subjectif ou, plutôt, intersubjectif. Les idées mènent le monde ; la superstructure détermine « en première et en dernière instance » les infrastructures lesquelles, d’ailleurs, n’existent pas...

L’économie récente, celle que Tarde observe depuis sa chaire au Collège de France, celle de la lutte des classes, de la première grande globalisation, de la migration massive du genre humain, celle des innovations frénétiques ponctuées par les grandes expositions universelles, du découpage des empires coloniaux, n’offre en aucune manière le spectacle d’un avènement de la raison. Elle offre plutôt le spectacle de passions d’une intensité inouïe.

Qu’est-ce alors que l’économie ? C’est la science des intérêts passionnés.

C’est cet entrecroisement qui est le cœur de la science économique que les économistes ont à la fois entrevu et, chose étonnante, aussitôt fui avec horreur comme s’ils y avaient vu la tête de Gorgone.

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Bruno Latour est Professeur à Sciences po. Vincent Antonin Lepinay est anthropologue de l’économie, professeur au Massachusetts Institute of Technology.

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DES HOMMES A LA PEINE

Carnets d’un médecin du travail

Marie José Hubaud

« J’écris pour tous ces hommes qui ont passé leur visite médicale du travail avec moi, pour ce qu’ils emmenaient avec eux, leurs silences aussi. J’écris pour ceux qui ont fait un effort pour venir, ceux qui ont pensé que ça ne servait à rien, mais que c’était toujours ça de pris que le patron n’aurait pas, ceux qui sont venus pleins d’espoir parce que quelqu’un leur avait dit : “Va voir le médecin du travail, il va te reclasser”, ceux qui sont habités par la colère et qui demandent réparation, ceux qui sont tombés, ceux qui se sont brûlés, ceux qui ont laissé un doigt dans la machine, ceux qui se sont usés trop tôt, trop vite, ceux qui attendent la retraite en serrant les dents, ceux qui paient de leur personne, ceux qui n’ont que ça dans leur vie – le travail –, ceux qui sont venus volontiers parce qu’ils avaient le souvenir de ne pas avoir perdu leur temps la dernière fois, ceux qui sont venus parce que c’était la seule fois de l’année où ils voyaient un médecin, et on ne sait jamais…»

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Marie José Hubaud est médecin du travail.


2008-08-10 21:37:07
Les Empêcheurs de penser en rond continuent...
Je ne suis plus joignable aux éditions du Seuil que j'ai quittées le 31 mars 2008. Je dirige désormais une collection aux éditions La Découverte (9bis, rue Abel Hovelacque, 75013 Paris). Cette collection prendra le nom des Empêcheurs de penser en rond dès que possible.

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Trois nouveaux titres seront mis en librairie début octobre 2008 :

- Bruno Latour, Vincent Antonin Lépinay : L'Economie science des intérêts passionnés. L'anthropologie économique de Gabrile Tarde

-Marie José Hubaud : Des Hommes à la peine. Carnet d'un médecin du travail

-Grégoire Chamayou : Les Corps vils. Expérimenter sur les êtres humains au XVIIIe et XIXe siècles

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Plus de détails prochainement sur ce site et sur celui de La Découverte (www.editionsladécouverte.fr)


2008-05-16 15:05:14
Une vie de cochon
Je suis l’éditeur aux éditions la Découverte d’un superbe livre sur la manière dont nous traitons les animaux d’élevage écrit du point de vue d’une salarié d’une entreprise d’élevage industriel. Présentation :

« J’aime bien les cochons. J’ai beau être encore une gamine, comme on me le rappelle souvent quand on veut m’empêcher de faire certaines choses que seuls les adultes peuvent faire. Je les aime bien, et j’ai des tas de choses à dire, moi, sur les cochons. »

Pour Solenn, la vie est une drôle d’histoire. Moins rose que les cochons qu’elle fréquente en regardant travailler sa mère, Morgane, salariée dans une porcherie industrielle, et plus étrange que ce que semblent en percevoir les adultes. Avec son regard d’enfant, Solenn observe les adultes aux prises avec un travail quotidien éprouvant. Mais, à travers les yeux d’une enfant, les auteures de ce récit en disent aussi beaucoup plus que tous les rapports officiels sur la réalité effrayante et absurde de l’agriculture industrielle et sur l’état de nos relations avec les animaux.

« Est-ce qu’on a tous les droits sur les animaux ? » demande Solenn. « Il y a des fois je me demande si on n’est pas des sauvages », répond Morgane. Alors, au bout du compte, élever des animaux, manger de la viande, oui, mais pas à n'importe quel prix pour les éleveurs et pour leurs bêtes : « Parce qu'on peut être libres ensemble, ou prisonniers ensemble, c’est à nous de choisir. »

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Jocelyne Porcher est chargée de recherches à l’INRA. Christine Tribondeau a été longtemps salariée en production porcine industrielle.

La Découverte, 8 €


2008-03-27 10:35:31
Sylvain Rossignol

NOTRE USINE EST UN ROMAN

Je suis l’éditeur aux éditions La Découverte d’un livre absolument formidable qui doit sortir en librairie le 30 avril. Je vous laisse découvrir le texte de présentation qui devrait vous mettre l’eau à la bouche. Ce livre est accompagné d’un site internet (www.notreusineestunroman.com) sur lequel on peut trouver des extraits, des photos, des documents complémentaires.

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Ce livre est une première : jamais l’histoire d’une grande entreprise n’avait encore été écrite de cette façon, du point de vue de ses salariés. Après une longue lutte menée contre la fermeture d’un site de recherche pharmaceutique à Romainville, en région parisienne, des salariés de Sanofi-Aventis ont voulu raconter leur histoire collective du milieu des années 1960 à nos jours. Ils se sont regroupés en association et ont confié leurs témoignages à un écrivain qui a conçu ce livre comme un roman. Les trajectoires des personnages – ouvriers, cadres, techniciens, chercheurs – en forment la trame, à la fois chronique d’un site industriel et roman choral, récit intimiste et épopée contemporaine.

Leur parcours dessine un demi-siècle d’histoire : celle des conditions de travail héritées du « paternalisme » industriel, de l’occupation de l’usine en Mai 68, de l’élection de François Mitterrand, de la vie syndicale au quotidien, du féminisme, des conséquences de la mondialisation, des fractures au sein du mouvement ouvrier… C’est le portrait d’une génération avec ses joies, ses espoirs et aussi ses désillusions qui est racontée ici de manière vivante et imagée. Aucun ouvrage théorique sur le capitalisme ou la condition sociale ouvrière n’aurait pu le faire aussi bien.

Sylvain Rossignol est un jeune écrivain et militant qui a déjà remporté plusieurs prix récompensant ses nouvelles.

ISBN 978-2-7071-5462-0

21 €

Conflit d'intérêt : j'ai été directeur de la communication de Synthélabo puis directeur des relations publiques de Sanofi-synthélabo.


2008-02-25 11:30:12
La raison pharmaceutique
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Le livre de Andrew Lakoff La Raison pharmaceutique me semble être une des contributions les plus importantes au débat général sur les évolutions de la psychiatrie depuis que le DSM est devenu la référence internationale de la psychiatrie biologique.

Nous aurons l’occasion d’en discuter mercredi 26 mars 2008 à l’amphithéâtre Leroy-Beaulieu de Sciences Po, 27 rue Saint-Guillaume, 75007 Paris.

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Le débat aura lieu en présence de l’auteur qui est professeur de sociologie à l’Université de Californie (San Diego). Les intervenants seront :

Nicolas Dodier, Directeur de recherches à l’INSERM

Bruno Latour, Professeur des universités, Directeur scientifique de Science Po

Didier Tabuteau, Responsable de la Chaire santé de Science Po

et moi-même.

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Si vous voulez y participer contactez Sébastien Plouhinec au 01 45 49 77 85 ou envoyez un mail à chaire.sante@sciences-po.fr


2008-01-07 12:37:49
La Raison pharmaceutique
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On trouvera en librairie à partir du 10 janvier le magnifique livre de Andrew Lakoff aux Empêcheurs de penser en rond : La Raison pharmaceutique.

Ce livre raconte une aventure. Un sociologue des sciences débarque en Argentine pour y suivre une entreprise de biotech française, Genset, dont le projet est d’identifier les gènes supposés être à l'origine de troubles mentaux. Genset a choisi l’Argentine parce que c’est moins cher. Son objectif est de déposer des brevets sur les gènes, obligeant ceux qui les utiliseront pour mettre au point des tests de diagnostic ou de nouveaux médicaments, à lui payer des royalties.

On comprend, chemin faisant, la manière dont s'impose une nouvelle psychiatrie biologique mondialisée née aux Etats-Unis. C'est aussi bien les manières de travailler des psychiatres, des psychanalystes que l'avenir des patients qui en sont profondément bouleversés. L'industrie pharmaceutique dispose désormais d'outils performants qui lui permettent de savoir tout ce qui se passe dans la relation médecin-patient que l'on croyait naïvement préservée de toute ingérence. Elle a aussi les moyens de faire échouer les projets des sociétés de biotech comme Genset.

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Andrew Lakoff enseigne la sociologie à l'université de Californie (San Diego).

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Vérité en Europe, erreur aux Etats-Unis ?

Après le cas de l'Acomplia autorisé en Europe et refusé aux Etats-Unis, le même problème pourrait surgir à propos du Galvus de Novartis, un traitement contre le diabète.

Alors qu'on apprenait le 17 décembre 2007 que ce médicament avait reçu un avis positif du Comité européen des médicaments à usage humain et que Novartis envisageait la commercialisation en Europe au premier trimestre 2008, il se confirme que la FDA refuse l'homologation et demande de nouvelles études chez les insuffisants rénaux...

Dans un communiqué de Reuters du jeudi 17 janvier 2008, on peut lire : "Symbole des déboires de Novartis outre-Atlantique, le traitement contre le diabète de type II Galvus ne fait toujours pas l'objet d'une autorisation et le président de Novartis Daniel Vasella envisage à présent de l'abandonner si les exigences de la FDA, l'autorité sanitaire américaine, sont trop élevées."

Je continue à penser que ce type de situations qui tend à se reproduire justifierait une procédure de réexamen en urgence.

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Psychanalyse et médicaments

Dans la longue interview que Jacques-Alain Miller a donnée à Libération le 19 janvier 2008, il n’a qu’une chose à dire sur les médicaments : « Le recours aux psychotropes n’est pas proscrit par principe. » C’est trop ou pas assez car ce pourrait bien justement être les médicaments qui sont à l’origine de tous les tourments de la psychanalyse.

On peut toujours se plaindre du principal outil diagnostique, le DSM-III et ses versions successives, mais c’est une illusion de croire qu’ils sont le fruit d’un complot de psychiatres comportementalistes malveillants pour en finir avec la psychanalyse. Beaucoup plus prosaïquement, le DSM est un outil construit après l’apparition des psychotropes modernes (le premier, la chlorpromazine, inaugure la famille des neuroleptiques en 1952, puis viendront les antidépresseurs, les stabilisateurs de l’humeur et les anxiolytiques). Les psychotropes sont de puissants réorganisateurs de la psychiatrie. C’est à leur rythme que la psychiatrie évolue.

Si les psychotropes ne sont pas « proscrits », il reste à savoir comment les « prescrire ». Il faut d’abord apprendre s’ils sont efficaces et sur quoi. On peut toujours expliquer que la « souffrance psychique n’est pas mesurable », il n’en reste pas moins qu’on imagine mal qu’un psychotrope soit mis sur le marché sans de multiples études cliniques qui mesurent ses effets. Et pour mesurer de tels effets, il faut bien disposer d’outils, ce qui nous ramène au DSM. Les psychanalystes sont-ils pour que les psychotropes soient mis sur le marché sans ce type d’études ? Cela nous ramènerait à la préhistoire de la pharmacologie où les laboratoires pharmaceutiques mettaient sur le marché ce qu’ils voulaient sans contraintes.

Mais si on accepte que de telles études doivent être réalisées avant de décider si un psychotrope mérite ou non d’être mis sur le marché, comment éviter qu’elles nous donnent aussi les meilleures indications sur les modalités de prescription au quotidien ? Comment éviter que les outils comme le DSM déterminent de plus en plus l’essentiel de la pratique psychiatrique si on veut que les psychotropes soient prescrits correctement ?

Tant que les psychanalystes croiront que la situation oppose « humanistes » et « dresseurs d’ours », « cliniciens » et « scientistes », tant qu’ils se poseront en héritiers de « La Science » contre « les charlatans », ils seront incapables de comprendre la manière dont les psychotropes sont des réorganisateurs puissants de la psychiatrie et du monde social. A l’inverse, on peut penser que c’est de toujours plus d’expertise dont nous avons besoin. Les patients, regroupés en associations, sont seuls capables de fabriquer une nouvelle expertise. C’est l’expertise que les patients pourront produire collectivement sur les psychotropes qui permettra de faire évoluer la psychiatrie.

Jusqu’à présent les psychanalystes ont préféré ignorer cette question. L’industrie pharmaceutique et les comportementalistes ne peuvent qu’en tirer profit.


2007-12-12 16:34:13
Peut-on parler d’échec de l’AFM ?
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Le téléthon n’a pas tenu ses promesses : les fonds récoltés sont en baisse. Je fais partie de ceux qui trouvent que l’expérience menée par l’AFM est exemplaire. Les critiques les plus exigeants auraient dû comprendre depuis longtemps son message subliminal que l’on pourrait résumer ainsi : « On ne peut faire confiance ni à l’industrie pharmaceutique ni à l’État pour mettre au point les médicaments dont nos enfants ont besoin. »

Mais cela n’empêche pas de discuter de deux problèmes (et si l’AFM ne le fait pas, elle pourrait bien connaître une crise remettant en cause jusqu’à son existence même). Il y a d’abord eu une promesse folle : mille jours pour mettre au point les traitements. L’idée de « biologiser » le gène pour faire des médicaments était hardie. On sait maintenant que le gène ne simplifie pas la compréhension des maladies, mais vient au contraire s’ajouter et rendre plus compliqué ce que l’on savait déjà. L’AFM n’a pas su gérer la déception qu’elle a elle-même, en partie, créée.

Et puis, il faut bien reconnaître qu’il y a dans la manière même dont le téléthon se déroule quelque chose, devenu terriblement répétitif, qui a un aspect « fête de patronage » et commence à poser problème.

Le téléthon est animé par des présentateurs de télévision médiocres, le discours est affligeant de banalité, les spectacles sont dignes d’une cour de récréation.

On pourrait parler ici d’une erreur de communication au sens technique du terme. Faire quelque chose de populaire n’implique pas la médiocrité. Le téléthon n’a jamais essayé de mobiliser les artistes et les professions du spectacle de manière exigeante. Il est curieux qu’il n’ait pas fait le pari de l’intelligence, alors que l’AFM a déployé au cours de son histoire une intelligence collective considérable.

Il faut donc revoir la copie. Et c’est urgent si on ne veut pas que les militants du téléthon se découragent.

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BMS a annoncé 4 500 suppressions de postes et Novartis 2 500.

The International Herald Tribune publie dans son édition du 14 décembre 2007 une excellente analyse de Ben Hirschler.

Après l'annonce des suppressions massives de poste par Pfizer, AstraZeneca, Merck, GlaxoSmithKline, Amgen, Shering-Plough, Eli Lilly, Johnson & Johnson, il écrit :

"Le prochain pourrait bien être Sanofi-Aventis si l'on en croit les analystes de la Deutsche Bank. Sanofi a déjà annoncé qu'il allait contrôler ses dépenses de manière beaucoup plus sévère et qu'il pourrait faire des réductions afin de présenter des perspectives 2008 plus atrayantes." On aura compris que c'est pour les actionnaires...

L'auteur de l'article cite Ton Gardeniers spécialiste santé de ABN AMRO qui écrit :

"Ils essaient tout ce qu'ils peuvent" [pour limiter les dégats causés par le ralentissement de l'innovation].


2007-12-07 13:10:15
Dorer l’œuf !
Le laboratoire pharmaceutique Bristol-Myers Squibb annonce une réduction de 10 % de ses effectifs globaux et la fermeture de 38 sites dans le monde. Cela implique plus de 4 000 suppressions de postes.

La rumeur d’un rachat par Sanofi-Aventis se fait moins forte. Mais on sait aussi qu’une entreprise vaut beaucoup plus chère quand elle a diminué ses effectifs, c’est-à-dire qu’elle a fait le sale boulot avant même la fusion (on a doré l'œuf). Les actionnaires apprécient.

Selon les analystes du secteur, l’ensemble du secteur pharmaceutique s’apprête à éliminer 80 000 emplois. Pfizer en supprimera 10 000. Merck en a déjà supprimé 6 000 et va encore en supprimer 1 000. Johnson & Johnson a annoncé pour sa part 5 000 postes en moins.

Une circulaire inquiétante a été distribuée par le directeur de la recherche de Sanofi-Aventis qui fait craindre l’annonce d’un plan social ou la multiplication des départs gérés en douceur.

Du coup, l’industrie pharmaceutique qui jusqu’à présent niait être confrontée à un sérieux ralentissement de l’innovation, en fait désormais un argument pour justifier ce type de mesures.

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On sait qu'au mois de juillet 2007 une commission de la FDA américaine repoussait l'idée d'une mise sur le marché du rimanabant (le médicament anti-obésité de Sanofi-Aventis) alors qu'il a obtenu une autorisation de mise sur le marché et est commercialisé en Europe.

On apprend aujourd'hui qu'une commission de la FDA vient de voter contre l'obtention d'une indication dans le cancer du poumon pour l'Avastin de Roche. Or, cette indication lui a été accordée en Europe...

Comment expliquer ces désaccords renouvelés entre les autorités européenne et américaine ?


2007-11-27 18:01:04
La marge
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Les industriels du médicament trouvent détestables d’entendre parler de « rapports de forces ». Ce serait une formule archaïque. Ils préfèrent les doux mots de collaboration, partenariat, participation…

L’ONG Oxfam vient de rendre public un intéressant rapport intitulé « Investing for life » qui fait le lien entre les difficultés actuelles de l’industrie pharmaceutique (comme le disent les boursiers et les analystes financiers, un PER – rapport entre le cours en bourse et les bénéfices – de 10 à 15 contre plus de 20 pour d’autres industries) et son incapacité à investir dans les pathologies qui concernent 85 % de l’humanité ou son incapacité à rendre accessibles ses médicaments brevetés.

Selon Oxfam, Sanofi-Aventis commercialisait le Plavix en Thaïlande à un prix 60 fois supérieur à celui du générique Emcure fabriqué par une entreprise indienne. À la suite de la décision du gouvernement thaïlandais d’imposer une « licence obligatoire » sur ce médicament et quelques autres, Sanofi-Aventis aurait proposé de baisser son prix de 70 %…

Comme quoi, il y a de la marge !


2007-11-09 11:29:37
Vioxx : deux poids, deux mesures
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Les laboratoires Merck viennent de proposer la somme de 4,85 milliards de dollars pour mettre fin aux 27 000 poursuites initiées par des patients victimes de l’anti-inflammatoire Vioxx, retiré du marché il y a trois ans à la suite de nombreux accidents cardiovasculaires. 47 000 patients habitant les États-Unis pourraient ainsi être indemnisés pour une somme moyenne de 100 000 dollars.

On ne peut s’empêcher de penser qu’il y a là deux poids deux mesures. Aucun malade français ne sera indemnisé ! La loi française rend impossible les actions collectives en justice (les « class actions ») et les accidents provoqués par les médicaments commercialisés par un laboratoire restent donc sans conséquences importantes.

Est-ce politiquement défendable ?


2007-11-06 15:43:31
Un désarmement commercial !
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J’ai toujours été surpris par le peu de place accordé à la question du médicament dans tous les débats sur l’Assurance-maladie. C’est pourtant aujourd’hui le premier poste de dépense et, depuis plusieurs années, celui qui augmente le plus vite. Ainsi, il suffirait que la prescription des médicaments en France se fasse aussi intelligemment qu’aux Pays-Bas pour supprimer le déficit de l’Assurance-maladie.

Il faut donc lire le rapport de l’Igas « L’information des médecins généralistes sur le médicament » que l’on trouve facilement en ligne sur Internet.

On y explique clairement : « On consomme, en France, plus de médicaments que dans n’importe quel pays au monde. » Il aurait été évidemment plus juste d’écrire « prescrit » que « consomme » car les malheureux patients n’ont généralement pas leur mot à dire en la matière et c’est une idée toute faite que de prétendre qu’ils en veulent toujours plus !

On apprend dans le rapport que l’industrie consacre « au moins 3 milliards d’euros » à la promotion, au trois-quarts sous la forme de la visite médicale. J’ai le sentiment que c’est beaucoup plus : ainsi Sanofi-Aventis investit 4 milliards par an en recherche. De nombreux indices montre que l’industrie dépense autant en promotion qu’en recherche… Or Sanofi-Aventis n’est pas le seul laboratoire présent sur le marché !

Le rapport constate aussi que la Haute autorité de santé ne dispose pas des moyens nécessaires pour contrebalancer l’effort de promotion des industriels. Elle n’a pas « le contact en face à face avec les médicaments ».

L’Igas propose à la fois de développer l’information indépendante sur les médicaments et de limiter les dépenses des laboratoires. C’est une bonne idée, sinon personne ne réussira à inverser la tendance qui donne toujours l’avantage aux nouveaux médicaments très promus car protégés par un brevet alors qu’ils sont beaucoup plus chers que les autres médicaments de la même classe tombés dans le domaine public. On connaît pourtant beaucoup moins bien les effets de ces nouveaux médicaments. Il conviendrait donc de les utiliser avec prudence, le plus souvent en seconde intention.

Comme quoi efficacité médicale et réduction des coûts peuvent aller ensemble.


2007-09-30 12:57:32
Franchise ou mensonge ?
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Je ne suis pas le premier à trouver surprenant le projet de franchises médicales. Ce sont les personnes malades qui vont financer la prise en charge des patients souffrant de la maladie d'Alzheimer (y compris la recherche de médicaments ?).

On pourra à l'avenir taxer à leur tour les personnes souffrant d'Alzheimer pour financer la prise en charge des personnes souffrant de cancer, etc.

Franchise aurait pu rester un beau nom... C'est malheureusement le mot employé par les compagnies d'assurance automobile pour désigner la somme qu'ils ne vous rembourseront pas en cas de pépin. Ceux qui utilisent ce mot pour la prise en charge de la maladie, ne rêvent-ils pas tout haut d'un alignement de la Sécurité sociale sur le mode de fonctionnement des assurances privées ? On paiera alors en fonction des garanties que l'on veut avoir et non plus en fonction de ses revenus.

L'exemple des Etats-Unis montre qu'il est extrêmement difficile d'inventer des prises en charge collectives basées sur la solidarité quand le système obéit globalement aux règles du marché des assurances privées. Ce n'est plus le « déficit » qui est le problème mais le nombre de personnes sans couverture sociale. On peut, à l'inverse, penser qu'il est assez facile de passer graduellement d'un système basé sur la solidarité à un système privé... C'est en ce sens seulement que le privé pourrait être dit plus efficace que le public !

Ce n'est finalement pas de franchises qu'il faudrait parler mais d'amendes ou de contraventions.


2007-09-10 11:29:45
Voir « Sicko » de Michael Moore
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Il est difficile de comprendre les critiques acerbes qui ont accompagné la sortie en salle du film de Michael Moore sur le système de santé américain. Je ne suis pas loin de penser que c’est, au contraire, son meilleur film.

Didier Tabuteau, professeur à l’Institut d’études politiques, qui est à l’origine de la création de la CMU en France et a réformé l’agence du médicament, est du même avis (écouter son interview sur libération.fr du vendredi 7 septembre).

Certains critiques considèrent que ce film donne une vision trop optimiste de la situation en France. Mais ce pourrait être justement un des aspects les plus intéressants du film : on comprend mieux l’image terrible que les Américains ont de la France.

Michael Moore montre de manière magistrale comment les logiques des systèmes d’assurance privés (tels qu’ils fonctionnent aux États-Unis) sont diamétralement opposées aux logiques de solidarité (d’héritage mutualiste) telle qu’elles existent en Europe ou au Canada. La différence entre le fait de payer en fonction de ses revenus (comme avec la Sécurité sociale), ou en fonction des risques contre lesquels on veut être assurés (logique des assurances privées), est absolument décisive.

On sait aussi que l’on peut passer progressivement d’un système solidaire à un système d’assurance : c’est ce que les gouvernements tentent en France en diminuant chaque année un peu plus la part des dépenses prise en charge par la sécurité sociale au profit des « complémentaires » qui dépendent de plus en plus des assurances privées (et mêmes certaines complémentaires qui s’appellent « mutuelles » ne sont en fait que des compagnies d’assurance privées). En revanche, l'exemple américain montre qu'il est incroyablement difficile de créer un système solidaire quand on est englué dans le système des assurances privées.

Peut-être ce film alertera-t-il un large public français sur les enjeux de la défense de la Sécurité sociale.

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On lira avec profit :

- À la santé des Américains !

Un livre publié aux Empêcheurs de penser en rond (12 €)

- Comment sauver (vraiment) la sécu : Et si les usagers s’en mêlaient ? Des médicaments à l’assurance-maladie.

Un livre de Philippe Pignarre aux éditions La Découverte


2007-09-04 21:16:27
Un nouveau livre de Tobie Nathan
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Comment désigner celui qui demande l'aide d'un psy ? Un patient ? Un client ? Un malade ? Un sujet ? ou bien tout simplement un usager ? Prendre en compte le savoir des patients, c'est s'intéresser à ce qui leur permet d'exister, à ce qu'ils ne peuvent pas abandonner sans perdre leur âme. De plus en plus nombreuses, des associations de patients se sont constituées et mettent en cause les vieilles certitudes psychanalytiques ou psychiatriques. Les psychothérapies sont en pleine réinvention. Désormais les patients imposent à leurs thérapeutes de les penser et de les soigner en respectant leurs appartenances.

C'est à partir de son exceptionnelle expérience auprès des patients migrants que Tobie Nathan a été amené à repenser les théories de l'identité. Plus le monde est globalisé, plus les revendications identitaires enflent et grondent. Il nous faut désormais concevoir l'identité non pas comme une seconde nature mais comme un projet.

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A qui j'appartiens ? Ecrits sur la psychothérapie, sur la guerre et sur la paix

aux Empêcheurs de penser en rond. En librairie le 6 septembre.


2007-07-26 10:01:20
La période actuelle est particulièrement sombre

Une interview de Philippe Clément (auteur de Bienvenue à l’hôpital psychiatrique !, à paraître en septembre 2007 aux Empêcheurs de penser en rond)

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Quand un patient arrive à l’HP, sa prise en charge est-elle satisfaisante ?

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Sur un plan strictement médical, on peut, je crois, considérer que les prises en charge sont, de manière générale, satisfaisantes. C’est plutôt quant à un certain nombre d’éléments ayant trait aux libertés individuelles que le bât blesse. Par exemple, dans beaucoup de services, le seul fait d’être admis en hospitalisation sans consentement (HDT ou HO), implique la mise en pyjama systématique, quand ce n’est pas une mise en chambre d’isolement de 24 ou 48 heures. Ceci, à mon sens, n’est justifiable ni du point de vue des soins ni d’un point de vue légal. L’une des questions fondamentales qu’il conviendrait de se poser est la suivante : Que valent des pratiques prétendument soignantes qui ne peuvent opérer sans mettre à mal les droits de la personne à laquelle elles sont destinées ?

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Vider les HP, est-ce un objectif positif ?

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L’idée d’en finir avec l’HP est a priori intéressante, dans la mesure où elle sous-tend, de manière implicite, que les malades mentaux ont une place dans la société. Ceci étant, la volonté d’insertion des malades mentaux, très en vogue actuellement, ne tient pas à l’épreuve de la réalité. D’une part, le malade mental apparaît toujours, dans les représentations, a priori incapable et irresponsable et potentiellement dangereux. D’autre part, les « grands » malades mentaux sont des personnes pour lesquelles notre réalité avec ses contraintes n’a que peu, voire pas du tout, de sens. Et il me semble que l’état actuel d’angoisse paranoïaque de notre société est un obstacle supplémentaire à cette insertion. Mieux vaut donc, je crois, rester modeste et réfléchir à l’aménagement d’un système qui permette de protéger et de prendre soin de ces personnes qui sont avant tout dans un état de grande fragilité et de vulnérabilité.

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Faut-il désespérer de la psychiatrie ?

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La période actuelle est en effet particulièrement sombre. De plus en plus de malades mentaux avérés sont en prison, dans la rue… Il n’y a pas de volonté politique d’améliorer un tant soit peu le sort de ces personnes et les discours dominants sur la prétendue désaliénation, le « désenfermement », viennent dramatiquement appuyer cette absence de volonté. Le dispositif de psychiatrie est un champ sinistré et l’on assiste à ce que l’on pourrait appeler un « génocide passif ».

Par ailleurs, la psychiatrie apparaît, dans ses fondements historiques et épistémologiques, comme une vaste tentative de mise en conformité d’individus dont les comportements, les attitudes, les propos, sont autant d’insultes à la sacro-sainte raison qui différencie l’homo sapiens des autres mammifères. La fameuse « stabilisation dans un type social moralement reconnu et approuvé » que Pinel donnait comme définition de la guérison psychiatrique, n’a rien perdu de son actualité. Aujourd’hui, la psychiatrie rejette ceux qu’elle ne parvient pas à neutraliser. J’en viens à penser que la psychiatrie n’a de fonction que sociale ; sa prétendue fonction thérapeutique n’étant, en définitive, qu’un leurre.

Philippe Clément est infirmier psychiatrique.


2007-07-04 19:33:41
Nouveaux problèmes avec les antidépresseurs
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Les nouveaux antidépresseurs appelés « inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine » (comme le Prozac) sont mis en cause dans 3 études publiées simultanément dans la revue de référence Archives of Internal Medicine (édition du 25 juin). Ils induiraient une perte osseuse à l'origine de fractures chez les patients, hommes et femmes, de plus de 50 ans.

On en ignore les raisons. Mais cela pose un sérieux problème tant une fracture peut être un événement gravissime chez une personne âgée. Certains considèrent que 40 % des adultes de plus de 55 ans présentent des signes de dépression. Les autres antidépresseurs (tricycliques) sont également déconseillés à cause de leurs effets cardiaques.


2007-06-22 16:30:34
Temps chaud pour l’industrie pharmaceutique !
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Les difficultés rencontrées par le nouveau médicament de Sanofi-Aventis, l’Acomplia (qui ferait baisser le poids… et l’humeur !), pourraient bien être une des manifestations les plus claires des nouveaux défis qui sont ceux de l’industrie pharmaceutique, confirmant ce que l’on pouvait déjà penser après le retrait du marché mondial du Vioxx.

Une étude sur l’avenir de l’industrie pharmaceutique vient justement d’être publiée par PricewaterhouseCoopers (www.pwc.com). Elle considère que le marché mondial des médicaments va doubler d’ici 2020 atteignant 1,3 trillion de dollars. Mais dans le même temps, elle considère que le modèle industriel qui est aujourd’hui celui de l’industrie est totalement condamné. C’est déjà évident quand on regarde l’index des cours de Bourse : l'indice de la pharmacie FTSE Global Pharmaceuticals Index a progressé de 1,3 % ces six dernières années contre 34,9 % pour le Dow Jones Word Index (général).

Parmi les bonnes nouvelles pour l’industrie pharmaceutique, il faut compter le réchauffement de la planète qui va entraîner une explosion de certaines maladies infectieuses (malaria, choléra) et des maladies respiratoires (asthme, bronchite).

Parmi les mauvaises nouvelles, il faut compter le tarissement des pipelines, les maigres performances boursières, l’augmentation des dépenses de marketing, l’augmentation des exigences des autorités des agences du médicament… et une très mauvaise image publique. « Le cœur du problème, c’est le manque d’innovation. L’industrie investit deux fois plus qu’il y a dix ans mais ne met plus sur le marché que les deux cinquièmes des médicaments qu’elle mettait alors. » C’est le commentaire fait par Steve Arlington, un des responsables de l’étude.

Selon l’étude, le modèle des blockbusters (faisant plus de 1 milliard de $ de CA) est désormais obsolète (hors de portée). Les industriels doivent aussi abandonner l’idée qu’ils gagneront beaucoup d’argent en faisant des me-too. Ils doivent en revanche s’efforcer de fournir aux patients des « packages » : pas seulement un médicament, mais tout l’environnement qui va avec (y compris la publicité directe ?), ce qui entraînera une meilleure observance (seulement un patient sur cinq prendrait son médicament le temps nécessaire) qui à elle seule pourrait rapporter 30 milliards de dollars. Il faut orienter encore davantage la recherche pour trouver des médicaments pour les personnes en bonne santé : des médicaments « préventifs ». Il faut cesser enfin de chercher à obtenir une autorisation de mise sur le marché dans de grandes indications. L’industrie doit désormais y aller lentement : d’abord dans une niche, puis en gagnant de nouvelles indications grâce à de nouvelles études…

Si l'industrie pharmaceutique prépare ainsi le futur en fonction de ses objectifs financiers, il reviendra aux associations de consommateurs et aux organisations indépendantes de médecins de réfléchir à ce qui est le plus intéressant du point de vue des malades. Il leur reviendra aussi de s'interroger sur le rôle grandissant de la recherche publique dans la mise au point de thérapeutiques vraiment nouvelles.


2007-06-14 11:15:19
Acomplia : une vieille stratégie mise en échec
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Ainsi, hier, mercredi 13 juin, une commission d’experts de la FDA nord-américaine a recommandé (à l’unanimité de ces 14 membres) à l’agence de ne pas mettre sur le marché l’Acomplia (rimonabant) de Sanofi-aventis. La décision finale doit être prise en juillet, mais il est rare que la FDA ne suive pas les recommandations d’une commission d’experts d’autant plus quand elle est unanime.

Acomplia est un psychotrope qui agit sur des récepteurs neuronaux : il est censé faire l’inverse du cannabis. On sait d’ailleurs que le cannabis stimule l’appétit… Acomplia est, lui, destiné à faire maigrir les obèses. Mais il est intéressant de savoir que Sanofi-aventis avait aussi l’intention de le promouvoir dans le sevrage tabagique ! On est loin de l’idéal de « spécificité » promu par l’industrie pharmaceutique.

La molécule de rimonabant aurait été testée dans beaucoup d’indications psychiatriques avant d’aboutir à des indications somatiques. Est-ce faute de mieux ?

Les Français ont été à l’origine de l’emploi des psychotropes en dehors des troubles mentaux. Les psychotropes (neuroleptiques, antidépresseurs, anxiolytiques) ont en effet tous des effets sur le corps. On peut donc imaginer de les utiliser pour cela : ne plus considérer ces effets physiques comme de malheureux effets secondaires mais comme la source de nouvelles indications particulièrement profitables. Il faut se rappeler que le premier psychotrope a être massivement prescrit par les généralistes a été le sulpiride (Dogmatil®). C’était pourtant un neuroleptique dont l’indication aurait dû être limitée à la schizophrénie mais qui a été massivement promu au milieu des années soixante-dix dans la vague indication des « troubles psychosomatiques », autant dire du mal au dos à l’ulcère d’estomac… On s’est alors aperçu qu’il agissait sur le système hormonal et provoquait une hyperprolactinémie entraînant un gonflement des seins. De là à le prescrire chez les femmes qui se plaignaient d’un tour de poitrine insuffisant, il y avait un pas à faire qu’aucune commission officielle n’aurait autorisé mais que certains médecins ont accepté de faire. Mais ce que le laboratoire à l’origine de cette molécule a imaginé était peut-être encore plus redoutable : il a légèrement modifié la molécule pour la proposer sous le nom de véralipride (Agréal®) dans le traitement des bouffées de chaleur. Il s’agissait pourtant toujours bien d’un neuroleptique dont on sait que l’usage peut avoir des conséquences redoutables : les dyskinésies tardives (mouvements incontrôlés de la bouche, de la langue et même du torse) que l’on ne sait pas soigner. Il est désormais retiré du marché dans de nombreux pays. En France, il est toujours disponible.

Ce qui est en fait contestable c’est de proposer un psychotrope pour agir sur des comportements asociaux ou sur un symptôme physique. Car on avance à tâtons sans jamais très bien savoir ce que l’on fait à long terme. Méfions-nous de la grande tradition de l’industrie pharmaceutique française de bricolage approximatif de molécules psychotropes pour agir sur tout et n’importe quoi.


2007-06-08 13:15:43
Après l’hyperactivité, l’hypersensibilité
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Une bataille a commencé aux États-Unis avec pétition auprès de l’American Psychiatric Association (qui a la responsabilité d’éditer le DSM), pour voir reconnaître un nouveau trouble chez l’enfant : l’hypersensibilité. On le repère par des réactions exagérées (avec larmes et colère) à des sensations banales : « cette chemise m’écorche ! », « mes pieds sont en train de bouillir ! », « mes corn-flakes sentent le poisson. Ils sont empoisonnés ! ».

De nombreux enfants et adolescents diagnostiqués hyperactifs mais chez qui la Ritaline est sans effets… seraient en fait des hypersensibles mal diagnostiqués.

Pour le moment, le traitement proposé est une « psychothérapie occupationnelle » d’inspiration comportementaliste : il s’agit de désensibiliser les patients en leur apprenant à gérer leurs sensations.

Mais d’ores et déjà des hypothèses mettent ce « trouble » en rapport avec le fonctionnement du cerveau et ce que les neurobiologistes appellent l’arousal (ou « éveil »). On ne dit pas encore – mais ça viendra – que cet arousal est en lien avec les systèmes dopaminergiques. Et les systèmes dopaminergiques sont modulés par de nombreux psychotropes, en particulier les neuroleptiques. Un vaste marché en perspective pour ces médicaments…

Tant que l’American Psychiatric Association n’aura pas pris en compte ce nouveau trouble, il est peu probable que l’industrie pharmaceutique s’y intéresse. Elle a par ailleurs tout intérêt à laisser les psychothérapeutes faire le travail de lobbying. C’est plus crédible.

Mais ce que constatent déjà les observateurs, c’est la réaction de nombreux parents : dès qu’on leur décrit ce trouble, ils s’exclament : « Ah ! Mais c’est bien sûr, je n’y aurai pas pensé ». Et leur regard, leur manière de voir les enfants, est définitivement changé.

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(A lire : Benedict Carey, « The disorder is sensory : the diagnosis, elusive », The New York Times, 5 juin 2007)


2007-05-29 15:11:51
Les nouveaux psychotropes augmentent-ils la violence ?
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Le quotidien News Tribune de Washington publie dans son édition du 28 mai 2007 une bien intéressante enquête (Alexander Otto, « Drugs might bread violence attacks on staff rise at Western Hospital »). Entre 1999 et 2006, les actes violents de patients contre le personnel ont augmenté de 35 %. On pourrait penser attribuer ce phénomène aux mesures d’économie et à l’insuffisance de l’encadrement. Ce n’est pas le cas dans cet hôpital : en 2006, il y avait 1,34 soignant pour 1 malade contre 1,18 en 1999.

Le journaliste et les médecins interrogés font une autre hypothèse : ce seraient les nouveaux médicaments antidépresseurs et antipsychotiques (neuroleptiques atypiques) qui seraient à l’origine des passages à l’acte de la part des patients. Un effet secondaire – l’akatisie – se traduisant par une agitation extrême et une agressivité serait beaucoup plus fréquent avec ces nouveaux médicaments qu’avec les anciens.

A-t-on observé cela en France ?

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A lire : Sue Estroff, Le Labyrinthe de la folie, Les Empêcheurs de penser en rond.

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Information du 31 mai 2007

Vers une scission de la FDA ?

La crise de la FDA (Agence du médicaments aux Etats-Unis) ne cesse de rebondir depuis le catastrophe du Vioxx. Les informations publiées par le New England Journal of Medicine sur les effets secondaires de l'antidiabétique Avandia (il doublerait le risque d'accident ischémique)en sont un nouvel épisode (la Chambre des Représentants a décidé d'enquêter et une première séance publique est prévue le 6 juin).

La polémique ne cesse d'opposer, de manière de plus en plus bruyante, les responsables de la délivrance des autorisations de mise sur le marché, et ceux qui sont chargés de surveiller les effets secondaires et la toxicité (en l'occurence Robert Meyer et David Graham). Faut-il mettre plus souvent des "avertissements" sur les boites des médicaments soupçonnés d'être dangereux ?

Le sénateur républicain Charles Grassley a proposé la création de deux agences totalement séparées. Il a été battu d'une seule voix. La Chambre des Représentants doit à son tour discuter de cette éventuelle réorganisation qui donnerait enfin un fort pouvoir à ceux qui sont chargés de surveiller les médicaments une fois qu'ils sont commercialisés par rapport à ceux qui délivrent ces autorisations.

On aimerait avoir un tel débat en France !


2007-05-24 11:50:44
Mauvaise nouvelle pour GlaxoSmithKline !
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Une étude publiée dans le New England Journal of Medicine montre que l’Avandia (utilisé pour le traitement du diabète de type 2 en association avec un antidiabétique oral lorsque ce dernier ne suffit pas à équilibrer le diabète seul) augmenterait les risques cardio-vasculaires.

L’histoire est intéressante : en 2004, GlaxoSmithKline était poursuivi par le procureur de l’État de New York (Eliot Spitzer, aujourd’hui gouverneur de New York) pour ne pas avoir rendu public des études sur les effets de son antidépresseur Paxil (paroxetine) chez l’enfant. Ces études montraient que ce médicament avait peu ou pas d’effets. GSK s’était alors engagé à rendre disponible toutes les études réalisées sur ses médicaments sur un site internet.

C’est ainsi que deux cardiologues américains, Steven Nissen et Bruce Psaty ont pu faire une synthèse de 65 études sur Avandia et ont mis en cause son rapport bénéfices/risques.

Cela montre la nécessité d’une loi rendant obligatoire la publication des résultats de toutes les études réalisées sur tous les médicaments commercialisés. Les laboratoires pharmaceutiques se sont engagés à le faire, mais rien ne les y oblige et on n’est jamais sûr qu’ils tiennent leurs promesses tant les intérêts financiers en jeu sont énormes. Le Congrès américain doit en débattre à nouveau.

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A lire : A la santé des Américains, Les Empêcheurs de penser en rond, 2004.


2007-05-20 13:41:35
Faire de la politique devient-il un privilège de la droite ?
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Bernard Kouchner et quelques autres rejoignent un gouvernement de droite. Ce qui est embêtant dans la déclaration qu'il publie dans Le Monde du dimanche 20 mai, c'est qu'il prétend ne pas avoir changé. Du coup, il ne peut que donner l'impression que quand on est de gauche, la « politique » ce n'est pas très important : on peut en effet être indifféremment dans un gouvernement de gauche ou de droite... sans changer. Kouchner a remplacé depuis longtemps la politique par la morale. Et ça ne fait pas le poids !

Et cela au moment même où Sarkozy, lui, « fait de la politique », montre toute l'importance qu'il y a dans le volontarisme politique (les deux mots accolés constituant quasiment un pléonasme). La dissymétrie de la situation est redoutable : des gens de gauche qui nous disent que la « question politique » est indifférente à leur activité (pleine de bonne volonté et de bons sentiments), alors que les gens de droite font justement de ce ralliement un « acte politique ».

La défaite de la gauche pourrait donc être double : elle a non seulement perdu les élections, mais elle donne l'impression d'avoir déserté le terrain politique et renforce l'idée de l'impuissance de la politique à gauche (il suffit d'être de bonne volonté !). Toutes les dénonciations de trahison "morale" ne peuvent que renforcer cette impression.


2007-05-15 11:29:28
À quoi ça sert un psy ?
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Le livre d’Alain Michaud - « A quoi ça sert un psy ? Les infortunes de la psychologie à l’hôpital » — raconte les tribulations d’un psychanalyste employé comme psychologue dans un hôpital général. Quelles sont les relations entre les médecins, les infirmiers et ces nouveaux venus, les psychologues ?

J’ai aimé ce livre car il met en cause toutes les banalités « humanistes » que l’on nous sert habituellement sur la psychologie. C’est avec le sida que les hôpitaux se sont mis à recruter des psychologues. Alain Michaud constate que le plus souvent les psychologues héritent des patients qui n’intéressent plus les médecins : emmerdeurs, cas désespérés, etc. Pourquoi les psychologues sauraient mieux que les médecins prendre en charge les patients qui vont mourir ?

Il met aussi en cause le discours de certains de ses collègues psychanalystes. Et ça ne manque pas d’humour…

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Extrait :

« À l’hôpital, il existe deux couleurs de badges : le rouge pour les médecins, le bleu pour les non-médecins. C’est clair net et précis. Pas de confusion possible. On est rouge ou on est bleu. Quand les premiers psys ont débarqué, ils ont été assimilés aux médecins : ils ont donc reçu des badges rouges. Puis les médecins ont râlé : le rouge c’est nous, exclusivement ! on ne mélange pas les torchons et les serviettes. Les psys ont donc eu droit au badge bleu. Mais ce sont eux qui n’étaient plus d’accord. Pas question qu’on les confonde avec les infirmiers. Avec les médecins oui, mais pas avec le petit personnel. La direction de l’hôpital a donc dû créer une nouvelle couleur : l’organe. Choisie certainement pour son cousinage avec la couleur abandonnée. Mais l’orange n’a pas pris : les anciens s’accrochaient au badge rouge qu’ils arboraient comme une légion d’honneur, alors que les solidaires du petit personnel, engagés dans les luttes sociales, arboraient avec autant de fierté le bleu prolétarien. Seuls les légitimistes avaient adopté l’orange.

Cette question des badges faisait toujours l’objet d’âpres négociations aux échelons supérieurs. En attendant que la question soit réglée, j’avais hérité d’un badge blanc. C’était bien à mon image. Sans inscription ni distinction. Presque anonyme. »

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Alain Michaud : A quoi ça sert un psy ?, Les Empêcheurs de penser en rond, 2007.

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On lira aussi le livre de Jean Peneff : La France malade de ses médecins, Les Empêcheurs de penser en rond, 2006.

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Mercredi 16 mai à 21h35 sur France 5, ne ratez pas le documentaire consacré à Tobie Nathan.


2007-05-02 20:25:12
Une nouvelle phase dans le déclin ?
C'est à partir de 1975-1980 que la question de la capacité de l'industrie pharmaceutique à innover commence à se poser : pour à peu près maintenir le nombre de nouvelles molécules mises sur le marché, les industriels augmentent leurs investissements en recherche de manière quasi-exponentielle (pour confirmation, on pourra consulter le graphique publié par Le Monde – supplément Économie – du mercredi 2 mai, p. IV) sans compter les investissements publics également en très forte augmentation en particulier aux États-Unis.

Mais beaucoup d'experts (sans le dire encore trop fort) ont désormais le sentiment que l'on entre dans une phase de ralentissement encore plus impressionnante. Les industriels, eux, parlent de « nouvelle stratégie » pour dissimuler leur inquiétude. De quoi s'agit-il ?

Depuis 15 ans, la nouvelle stratégie consistait à prétendre réduire le nombre d'années de R&D avant la mise sur le marché. Cette stratégie s'est fracassée avec le Vioxx retiré du marché il y a deux ans et demi en toute panique et qui avait bien le défaut de ne pas avoir été suffisamment testé avant sa mise sur le marché. La FDA est de plus en plus exigeante. Les industriels concentrant leurs efforts sur la mise au point des médicaments efficaces dans les maladies chroniques (donc des médicaments à prendre à vie !), il apparaît difficile d'échapper à l'allongement de la période d'étude, si on veut un peu savoir ce que fait un médicament qui s'accumule dans l'organisme sur de très longues périodes. Et on le saura de toute manière toujours très mal...

Une autre stratégie a été celle des fusions : il s'agissait de pallier la faiblesse des pipelines en allant puiser dans celui du voisin. Et surtout, cela permet de repousser les échéances : on peut espérer réaliser le chiffre d'affaires des deux sociétés fusionnées avec un nombre total de salariés sérieusement diminué.

Aujourd'hui, les industriels ont un nouveau slogan : les innovations « incrémentales », autrement dit « minuscules ». «Augmentation minimale d'une variable prenant des valeurs discrètes – Quantité dont on accroît une variable à chaque cycle d'une boucle de programme » dit Le Robert. Mais il n'y a vraiment pas de quoi crier au génie ! C'est la manière dont l'industrie a inventé de nouveaux médicaments depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : une molécule antihistaminique légèrement modifiée devient un neuroleptique, à nouveau légèrement modifiée devient un antidépresseur, etc. Le problème, c'est que cette ancienne « stratégie » a justement épuisé ses effets.

Le plus probable est que l'on en revienne donc à la stratégie des fusions... pour gagner du temps. C'est ce que craignent aujourd'hui beaucoup de salariés de sanofi-aventis. Le caractère mitigé de l'accueil réservé à l'Accomplia® laisse-t-elle ouverte d'autres opportunités ? Mais gageons qu'une fusion initiée par sanofi-aventis (sans doute avec un laboratoire américain de taille moyenne) sera interprétée comme un nouveau succès français !

Dans ses derniers documents publics, le laboratoire présente son pipeline : parmi les molécules en développement, le Saredutant dont on nous dit pourtant que « deux études » ont été « statistiquement non significatives ». Quand un laboratoire maintient dans ses présentations des molécules aussi peu prometteuses, est-ce bon signe ?


2007-04-16 15:04:10
« Micropolitiques » en librairie
Être l’éditeur de Félix Guattari était un vieux rêve. C’est chose faite avec « Micropolitiques » (aux Empêcheurs de penser en rond) qui vient d’arriver dans toutes les bonnes librairies. Écrit avec et grâce à Suely Rolnik, je ne suis pas loin de penser qu’il y a là les meilleurs textes de Félix, les plus clairs, les plus stimulants politiquement.

En cette période de campagne électorale, cette lecture est particulièrement rafraichissante pour tous ceux dont la gauche est le continent d’appartenance. Ce livre est le résultat d’un processus d’élaboration collective : il reprend les interventions faites par Félix Guattari pendant les dernières années de sa vie (il est mort en 1992) au Brésil devant des publics de psychanalystes, de pédagogues, de militants du Parti des travailleurs, des mouvements féministes et homosexuels.

Une question revient en permanence : comment articuler macro et micropolitiques, à la fois du point de vue théorique et du point de vue pratique. Il s’agit d’inventer des manières de faire de la politique afin que les dynamiques à l’œuvre dans les entreprises de résistance et de création puissent entrer en écho avec la « grande politique ».

Au cours d’un long voyage au Brésil, Guattari et Rolnik abordent une multitude de problèmes : de la pratique clinique aux luttes de classe, en passant par la question des partis politiques, des syndicats, de la subjectivité, du désir, du féminisme, de la banqueroute du modèle de conjugalité bourgeois.

Voilà comment ça commence :

« Oui, je crois qu’il existe un peuple multiple, un peuple de mutants, un peuple de potentialités qui apparaît et disparaît, s’incarne en faits sociaux, en faits littéraires, en faits musicaux. Il est courant qu’on m’accuse d’être exagérément, bêtement, stupidement optimiste, de ne pas voir la misère des peuples. Je peux la voir, mais… je ne sais pas, peut-être suis-je délirant, mais je pense que nous sommes dans une période de productivité, de prolifération, de création, de révolutions absolument fabuleuses du point de vue de cette émergence d’un peuple. C’est ça la révolution moléculaire : ce n’est pas un mot d’ordre, un programme, c’est quelque chose que je sens, que je vis, dans des rencontres, dans des institutions, dans des affects et aussi à travers quelques réflexions. »


2007-04-07 01:01:42
« Rien sur nous sans nous ! »
C'est avec cette belle formule que Jean-Nicolas Ouellet a clos le premier Forum international communautaire, scientifique et clinique sur les pratiques de Gestion autonome des médicaments de l'âme, qui a eu lieu du 3 au 5 avril à Montréal et où j'avais la chance d'être invité. Le thème était : Les psychotropes, une réponse à la souffrance ?

Il y avait plus de 500 participants venus de tout le Québec dont la moitié était des usagers des services de santé mentale. Il y avait aussi de nombreux travailleurs sociaux, psychologues et des bénévoles qui aident les personnes en souffrance psychique. Il y avait aussi quelques psychiatres mais ils n'étaient pas les plus nombreux. A chaque table ronde, il y avait un représentant des usagers.

On a pu ainsi assister à l'émergence d'une forte parole des usagers, au développement d'une expertise élaborée collectivement sur ce que font les différents psychotropes, sur la possibilité de s'en passer, d'en changer, de diminuer les doses.

Ce colloque vient couronner des années de travail menées au Québec sur le droit des usagers de décider s'ils veulent prendre un psychotrope et dans quelles conditions. Il s'agit d'une remise en cause du monopole de l'industrie pharmaceutique et des médecins en ce qui concerne la connaissance des psychotropes et de leurs effets.

J'avoue n'avoir jamais participé à un colloque psychiatrique d'une telle qualité, avec un enthousiasme jamais démenti, d'une séance à l'autre, de la part des usagers.

L'industrie pharmaceutique était évidemment absente : les usagers comme les professionnels ne voulaient surtout pas de sa présence. Le gouvernement québécois soutenait financièrement cette réunion.

Les organismes français auraient beaucoup à apprendre de nos amis québécois. Ils devraient contacter les organisateurs : le RRASMQ (Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec), l'AGIDD-SMQ (Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale au Québec) et ERASME (Équipe de recherche et d'action en santé mentale et culture). On peut d'ailleurs aller sur le site internet : www.rrasmq.com

Deux documents importants ont été édités :

« Mon guide personnel : Gestion autonome de la médication de l'âme »

« Guide d'accompagnement : Repères pour une gestion autonome de la médication en santé mentale »

Signalons aussi le petit journal « Tout-Droit » édité par les usagers et des travailleurs sociaux de Laval. Leur site internet : www.santementalelaval.ca/en-droit


2007-03-30 16:40:27
L’histoire des médicaments : Accomplia
Rien n’est plus difficile aujourd’hui que d’essayer de reconstituer l’histoire d’un médicament, des premières synthèses chimiques à la mise sur le marché. Les industriels de la pharmacie réécrivent en permanence cette histoire pour qu’elle apparaisse comme relevant d’une logique implacable. Il s’agit de faire disparaître les hésitations, les bifurcations, les changements de route que connaissent toutes les lignées chimiques.

Un bon exemple est celle des antiulcéreux de la famille des « inhibiteurs de la pompe à protons » (pourquoi parler simplement ?). Le laboratoire inventeur était spécialisé dans les anesthésiants locaux utilisés par les dentistes. En étudiant l’effet de ces produits sur le système digestif, des chercheurs ont observé qu’ils inhibaient la sécrétion acide au niveau de l’estomac… Très vite, le laboratoire a banni cette histoire assez banale mais pas assez glorieuse à son goût, au profit d’une histoire de recherche fondamentale dont cette classe de médicaments serait une « application ».

C’est une histoire semblable que l’on nous ressert aujourd’hui avec l’Accomplia de Sanofi-Aventis. Un article publié aujourd’hui dans Les Échos (Vincent Collen, « Sanofi joue gros sur l’anti-obésité ») laisse entendre que, dès le début, les chercheurs de Sanofi ont identifié un effet anti-obésité pour cette molécule. Peut-être, mais c’est ignorer que de multiples équipes dans des laboratoires de recherche publique ont été sollicitées pour essayer de lui trouver des indications psychiatriques, par exemple dans la schizophrénie. On espérait alors trouver un nouveau mécanisme d’action cérébral à côté de l’effet « dopaminomimétique » qui est celui des neuroleptiques (et qui est à l'origine de leurs multiples effets secondaires... parfois métaboliques !). Mais ce ne serait pas très élégant d’expliquer le chemin parcouru. La tentative d’enregistrer également ce médicament dans l’indication « sevrage tabagique » est significative : on savait que l'on disposait d'un médicament agissant sur les mécanismes d’addiction, donc sur l’addiction à la nourriture comme sur l’addiction au tabac… On peut faire l'hypothèse que c’est sans doute bien plus tard que l’on a dû repérer cet effet parallèle sur le métabolisme (ou alors il n'intéressait personne).

Il n’en reste pas moins que l’Accomplia est, finalement, un psychotrope, d’où les risques d’effets secondaires sur l’humeur. Et on peut penser que c’est ce type de risques qui explique la lenteur de la FDA aux États-Unis à accorder son autorisation de mise sur le marché. Sanofi-Aventis a refusé de donner des explications sur les raisons de ce retard. Pourquoi ?

Après l’affaire du Vioxx (un médicament mal évalué qui a dû être précipitamment retiré du marché), les autorités de santé américaines semblent beaucoup plus prudentes que les autorités européennes.

On peut penser que cette mauvaise habitude des laboratoires (réécrire l’histoire de leurs découvertes pour les rendre plus sexy) a des effets très négatifs : les dirigeants, les équipes de recherche se laissent prendre à la belle histoire qui est ainsi racontée. Et on oublie les modes d’invention réels au profit de la fameuse séparation entre "recherche fondamentale" et "recherche appliquée" qui ne correspond à rien de vivant dans l'expérience de l'industrie pharmaceutique.

Je suis prêt à discuter de tout cela avec des représentants de l'industrie pharmaceutique. Mais ont-ils envie de discuter ?


2007-03-23 11:54:16
Combien touche un expert ?
La FDA (Food and Drug Administration – Agence de santé aux Etats-Unis) vient de changer son règlement : désormais les experts qui reçoivent de l’argent de l’industrie pharmaceutique ne pourront plus prendre part aux votes concernant un produit de ce laboratoire.

Par ailleurs, ceux qui touchent plus de 50 000 $ par an ne pourront plus participer aux commissions qui délibèrent sur un produit du laboratoire (ou sur un concurrent) et donnent un avis à la FDA.

Il était temps de s’intéresser à ce problème. Faut-il rappeler que 10 des 32 membres de la commission réunie en 2005 pour savoir si le Vioxx pouvait à nouveau être mis sur le marché, recevaient des subsides des laboratoires concernés ? Et l’avis de la commission avait été positif. La FDA ne l’avait d’ailleurs pas suivi.

On est en droit de penser que la règle des 50 000 $ n’est pas très exigeante. C’est en effet la somme moyenne que touche un expert qui travaille comme conseiller extérieur pour un laboratoire pharmaceutique. Le montant dépend évidemment de la réputation. Mais cela donne aussi une petite idée des sommes d’argent que l’industrie pharmaceutique distribue ainsi de cette manière !

Il est, paraît-il, de plus en plus difficile de trouver des « experts » indépendants de l’industrie pharmaceutique soit pour participer à ce type de commission, soit pour faire partie du comité de lecture d’une revue scientifique.

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nouvelles du jeudi 28 mars :

ET EN FRANCE ?

Le Formindep vient justement de publier un communiqué dont je reproduis cet extrait :

Le décret d'application de l'article 26 de la loi du 4 mars 2002 (article L 4113-13 du code de la santé publique) sur les droits des malades, est enfin paru au Journal Officiel du 28 mars 2007.

Il aura fallu 5 ans et un recours devant le Conseil d'Etat pour que l'article de loi mettant en place la transparence de l'information médicale entre en application en France. Ce n'est pas trop tôt.

Le nouvel article R 4113-110 du code de la santé publique, créé par ce décret, précise que "l'information du public sur l'existence de liens directs ou indirects entre les professionnels de santé et des entreprises ou établissements mentionnés à l'article L. 4113-13 est faite, à l'occasion de la présentation de ce professionnel, soit de façon écrite lorsqu'il s'agit d'un article destiné à la presse écrite ou diffusé sur internet, soit de façon écrite ou orale au début de son intervention, lorsqu'il s'agit d'une manifestation publique ou d'une communication réalisée pour la presse audiovisuelle."

Mais ce décret étend également l'application de cet article aux membres des conseils et des commissions de plusieurs organismes, et aux personnes qui leur apportent concours ou collaborent aux travaux de ces organismes, même s'ils ne sont pas professionnels de santé.

Ces organismes sont les suivants :

- l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA)

- l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail (AFSSET)

- l'Institut de veille sanitaire (INVS)

- l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES)

- l'Agence de biomédecine

- la Direction générale de la santé et les services centraux du ministère de la santé

- l'AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé)

- la HAS (Haute autorité de santé)

Ainsi, citoyens et professionnels de santé sont maintenant en droit d'exiger, conformément à la loi, que celui qui s'exprime publiquement sur un produit de santé révèle préalablement les éventuels liens directs ou indirects qui le lient à l'entreprise qui commercialise ce produit.

http://www.formindep.org


2007-03-16 10:58:02
Abbott lance une bombe atomique
Nous apprenons aujourd’hui que le laboratoire américain Abbott vient de retirer ses demandes d’autorisation de mise sur le marché thaïlandais pour 7 médicaments dans le but de punir un gouvernement qui a osé prendre une « licence obligatoire » sur un de ses médicaments antisida, le Kaletra (ritonavir/lopinavir). Une de ses Autorisations concernait d'ailleurs une nouvelle forme du Kaletra (plus stable en cas d’exposition à la chaleur).

Abbott prétend que le gouvernement thaïlandais ne respecte pas les accords sur les brevets. Or, ce dernier n’a fait que mettre en application l’article 31 de l’accord TRIPS (ou Adpic en français — Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle touchant au commerce) qui autorise les États à prendre des « licences obligatoires » quand la santé publique est en cause. Le gouvernement thaïlandais a pris actuellement trois licences obligatoires : sur Kaletra, sur l’efavirenz (un autre antisida) et sur le Plavix de Sanofi-Aventis. Il a annoncé que 15 % des médicaments commercialisés pourraient être concernés dans le futur.

La décision d’Abbott, si elle devait être imitée, pourrait transformer des pays entiers en zones sans médicaments. S’agit-il d’une nouvelle tactique visant à faire plier les autorités de santé des pays pauvres ?

Le Professeur Brook Baker (juriste) de Boston a envoyé sur Internet un message dans lequel il écrit :

« Cette nouvelle tactique d’Abbott dans la guerre pour les profits dépasse toutes celles qui ont été utilisées jusqu’à présent. Elle viole directement le droit universel de disposer des médicaments essentiels. Elle viole la lettre et l’esprit de la déclaration de Doha. Elle viole toutes les normes de la responsabilité des entreprises. C’est l’équivalent d’une bombe atomique lancée sur les 580 000 personnes qui sont atteintes du sida en Thaïlande. »

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Nouvelles du mardi 20 mars:

- Le groupe pharmaceutique Bayer a fait une déclaration de soutien à Abbott.

- Les organisations non gouvernementales présentes en Thaïlande réfléchissent à une campagne de boycott de l'ensemble des produits d'Abbott.

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Nouvelles du mercredi 21 mars :

- l'agence Associated Presse informe que le Pdg de Abbott, Miles White, a touché 22,5 millions de dollars de rémunération (salaires, stock-options, etc.) en 2006.

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Thierry Bodin, vient de faire la déclaration suivante, que je mets en ligne avec plaisir :

Il est rare qu’un militant Cgt se félicite d’une décision de dirigeants du CAC 40. Nous tenons pourtant à déclarer que c’est avec satisfaction que notre syndicat Cgt voit la collaboration de Sanofi-Aventis avec DNDi concernant le développement et la production de la nouvelle association artésunate-amodiaquine. Pour les populations concernées, pour l’éthique, pour les coopérations souhaitées entre les Hommes, pour les chercheurs investit dans le progrès, pour le développement d’activités utiles à la société, cette décision est importante.

En 2003, des chercheurs du centre de recherches Aventis Romainville, le syndicat Cgt du site, des élus départementaux et régionaux, des scientifiques de la recherche publique, ont uni leurs efforts et leurs passions jusqu’au bout pour sauver le potentiel de R & D de Romainville qui rassemblait des moyens important pour répondre aux besoins de santé dans le monde. Ces salariés, ces scientifiques, ces élus avaient contacté DNDi et son directeur le Dr Yves Champey. M. Champey avait fait part des objectifs de la fondation de s’attaquer aux maladies négligées qui touchent principalement les pays pauvres. Il nous avait expliqué sa recherche désespérée de collaboration avec des entreprises pharmaceutiques pour la recherche de nouveaux médicaments sur les maladies négligées, le développement de nouvelles associations de molécules ou de nouvelles voies d’administration. Pour lui, le développement de l’association des 2 molécules pour combattre le paludisme constituait une priorité.

Dans le cadre du sauvetage du site et de son savoir-faire, nous lui avions fait part de notre volonté de continuer les recherches sur les anti-infectieux, de travailler pour les pays du sud via le développement de nouveaux médicaments et par l’ouverture de programmes de formation aux métiers du médicament. Il s’était montre très intéressé par notre projet et pour travailler avec nous si celui-ci se concrétisait. Il l’a exprimé clairement auprès des autorités quand nous l’avons sollicité.

Notre bataille pour la survie du site de Romainville était celle du pot de terre contre le pot de fer. La vie l’a montré. Toutefois aujourd’hui, nous sommes satisfaits d’avoir mené cette juste bataille. Nous sommes satisfaits et d’autres qui nous ont accompagnés dans ce combat le sont aussi, de voir qu’au moins un des premiers projets de DNDi voit le jour.

Nous apprécions que Sanofi-Aventis assume ses responsabilités à travers ce projet. Nous espérons que cette démarche sera poursuivie et complétée : à savoir développer, produire et distribuer des médicaments vitaux aux populations les plus démunies. Nous pensons qu’il est nécessaire et possible d’aller plus loin dans l’aide et le co-développement des pays du sud. L’évolution de ce projet, cette collaboration tant attendue met en lumière que les salariés, les citoyens, les scientifiques sont des forces de propositions importantes dont la société à besoin. Le droit de participer aux décisions doit leur être reconnu. C’est un facteur de progrès. En tournant le dos aux intérêts égoïstes, ensemble, en conjuguant leurs efforts, en se mobilisant pour l’intérêt collectif, ils sont porteurs d’avenir.


2007-03-13 10:26:06
Business friendly ?
La France ne serait pas assez « business friendly » avec l’industrie pharmaceutique. C’est souvent ce qu’on lit dans les rapports officiels sur l’avenir de l’industrie pharmaceutique. Voilà pourquoi les laboratoires iraient s’installer sous des cieux plus amènes. Pourtant, en 2005, les Français ont acheté pour 30 milliards d’euros de médicaments et l’Assurance-maladie en a remboursé pour 20 milliards. Les génériques représentent encore aujourd’hui moins de 10 % de la consommation.

Les experts laissent généralement entendre que la Grande-Bretagne serait plus business friendly. En 2005, pour une population à peu près égale, la part des médicaments prise en charge par l’assurance-maladie a représenté 14,5 milliards d’euros. C’est 22 % de moins ! Les génériques représentaient déjà 27 % de la dépense.


2007-03-06 16:55:39
A la santé des Américains !
Un article de Robert Pear dans l’International Herald Tribune du mardi 6 mars ("US middle class and poor share health insurance crisis") permet de bien comprendre les conséquences d’une prise en charge des dépenses maladie par des assurances privées. Aux États-Unis, 47 millions de personnes n’ont pas d’assurance-maladie. Il n’y en avait que 41 millions en 2000.

Robert Pear raconte l’histoire de Vicky Readling, une femme de 50 ans qui a été opérée d’un cancer du sein. Son ancienne assurance est résiliée. Elle travaille comme indépendante et ses revenus atteignent 45 000 € par an. Elle doit s’assurer elle-même. Combien lui réclame-t-on ? 20 500 € de prime annuelle ! Le gouvernement lui accordera une réduction d’impôts de 3 800 €. Elle abandonne un projet de mariage : son mari serait co-responsable de ses dettes, si elle devait, par exemple, subir une nouvelle opération.

Un tiers des Américains sans assurance santé ont pourtant un revenu supérieur à 30 000 € annuels, mais cela ne leur permet pas de payer une assurance individuelle. La situation s'aggravera si les projets de Bush se concrétisent (diminuer les avantages de l'assurance collective au sein des entreprises dont il faut rappeler qu'elles ne sont pas obligatoires).

Readling n’a donc plus d’assurance, paie ses médicaments au prix fort (les prix des médicaments sont libres aux États-Unis. Seules les compagnies d’assurance négocient les prix pour leurs assurés ; en contrepartie il faut aller voir des médecins qui ont passé contrat avec l'assurance, ne fréquenter que les hôpitaux "homologués" par elle et se contenter d'une "liste" de médicaments acceptés de la même manière ; ceux qui n’ont pas d’assurance sont donc ceux qui les paient le plus chers !). Du coup, elle ne prend ses médicaments que 3 ou 4 jours sur 7.

Les différentes assurances privées interrogées ont expliqué que « le montant des primes dépend de l’anticipation des coûts pour chaque patient ».

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À lire le livre collectif (recueil d'analyses du New York Times): « À la santé des Américains », Les Empêcheurs de penser en rond.


2007-03-01 16:25:28
Paludisme : MSF prend l'initiative

Il faut saluer l’initiative prise par Médecins sans frontières de lancer un nouveau médicament contre le paludisme, l’ASAQ, une bithérapie qui associe de l’artémisine et de l’amodiaquine. MSF a pris l’initiative de créer la DNdI (Initiative Médicaments pour les maladies négligées). L’objectif est de chercher, développer et commercialiser de nouveaux médicaments pour les maladies qui frappent les populations des pays les plus pauvres. On peut mettre en parallèle cette action avec celle de l’Association française contre les myopathies (AFM) qui grâce au téléthon finance des projets de recherche sur des maladies qui ont ce point commun avec les précédentes de n’intéresser que marginalement les grands groupes pharmaceutiques. MSF fait appel à toutes les collaborations possibles en fonction du faible budget qui est le sien. Dans le cas de l’ASAQ, Sanofi-Aventis a assuré la mise en forme technique du médicament et sa fabrication.

Mais comparons les budgets : DNdI a une tâche immense… et un budget annuel de 4 millions d’euros. Grâce au téléthon, l’AFM dispose de 100 millions d’euros. Sanofi-Aventis consacre 4 milliards d’euros à la recherche !

Les priorités sont-elles bien respectées ?

Rappelons ici quelques éléments d’histoire concernant le paludisme et ses traitements (extrait du livre : 100 mots pour comprendre les médicaments, Les Empêcheurs de penser en rond):

Le paludisme ou malaria (« mauvais air » en italien) est dû à un parasite protozoaire, le Plasmodium, dont il existe plusieurs variantes (le plus dangereux est le P. falciparum) et qui est transmis par un moustique femelle de la famille des Anophèles. Le moustique lui-même est parasité par le plasmodium quand il pique un être humain infecté.

On doit à un chercheur français, Alphonse Laveran (1845-1922) les premières observations scientifiques sur ce parasite et son mécanisme de reproduction dans l’estomac de certains moustiques. Le parasite agit chez l’être humain en pénétrant dans les globules rouges du sang puis en se répandant dans l’organisme provoquant des frissons, des douleurs articulaires, des maux de tête et vomissements, des fièvres dont la périodicité dépend de la famille du Plasmodium. Les accès palustres reviendront de manière intermittente. Les enfants atteints souffriront d’anémie, de malnutrition et de retards du développement. Enfin le parasite s’attaque à des organes vitaux (foie, rate) et peut entraîner la mort (accès cérébral, coma, méningite aiguë, etc.).

Dès le XVIIe siècle on savait que les fièvres, laissant le patient prostré et épuisé, qui le caractérisent sont liées à une maladie bien particulière et qu’elles peuvent être soignées avec des décoctions de quinquina (« quinquina ») importées du Pérou à partir de 1630 par des missionnaires jésuites (malgré l’opposition des protestants, en particulier Cromwell, à ce remède catholique, il entrera dans la London Pharmacopoeia en 1677). On dit que l’épouse du vice-roi espagnol du Pérou, Dona Francisca Henriquez de Ribera contesse Chinchon, souffrait du paludisme et avait été soignée avec de la quinquina par un guérisseur indien. C’est elle qui aurait ensuite répandu le nouveau traitement dans tout le Pérou et alerté les médecins espagnols. Linné (1707-1778) donna son nom à la plante en souvenir de cet épisode.

Plus tard le gouvernement péruvien interdit l’exportation de la plante afin d’en garder tout le bénéfice. Des explorateurs hollandais réussirent néanmoins à sortir plusieurs plants du pays qui s’acclimatèrent sur l’île de Java et furent longtemps la principale source de ravitaillement mondial en quinine. Quand les Japonais occupèrent l’île pendant la Seconde guerre mondiale, on chercha activement des produits de substitution, en particulier dans les plantes chinoises.

Mais les poudres utilisées sont d’effets inconstants. Aussi va-t-on tenter de trouver le principe actif. En 1820, Pierre Pelletier (1788-1842) et Joseph Caventou (1795-1877) l’isolent : la quinine. Il va permettre un traitement préventif (la « quinisation »). On va désormais pouvoir extraire de manière industrielle de très grandes quantités du produit. La quinine est aussi utilisée comme tonique, fortifiant et fébrifuge. On a ignoré longtemps son mode d’action car elle n’a pas d’action in vitro (en dehors d’un corps vivant) sur des cultures du parasite.

Les chimistes vont ensuite mettre au point d’autres médicaments en modifiant progressivement la structure chimique de la quinine. C’est ainsi que la chloroquine est mise au point dans les années cinquante. Mais le parasite est devenu résistant. On a alors proposé, à partir de 1972, la pyriméthamine. Au bout de 5 ans le parasite était à nouveau devenu résistant ! Une autre substance doit donc être désormais utilisée, l’Artémisinine extraite de l’Artemisia annua (une variété d’armoise) qui faisait partie depuis plus de 2 000 ans de la pharmacopée de la médecine traditionnelle chinoise sous le nom de Quinghao ! Ce sont les scientifiques chinois et vietnamiens qui sont à l’origine de son introduction dans la pharmacopée moderne. L’essentiel de la production a d’ailleurs lieu en Chine, les chimistes n’ayant pas réussi à synthétiser un équivalent dans des conditions acceptables industriellement, ce qui peut provoquer des ruptures de stock catastrophiques. Aucune résistance à cet ancien médicament n’est actuellement apparue. Signalons qu’il doit toujours être prescrit en bithérapie : c’est aussi sans doute la meilleure manière d’éviter le développement accéléré de souches résistantes (ce qui rappelle le cas des trithérapies dans le sida). Elle est malheureusement souvent indisponible dans les régions les plus pauvres d’Afrique (elle coûte 25 fois plus chère que la chloroquine) où on continue à prescrire les médicaments précédents pourtant devenus largement inefficaces.

En 2004, on comptait aussi plus de 25 candidats vaccins en cours d’étude. Chacun de ces vaccins doit résoudre une difficulté récurrente : la variation de l’agent parasitaire. Le vaccin risque de ce point de vue, de poser les mêmes problèmes que les thérapeutiques chimiques. Par ailleurs, l’industrie pharmaceutique ne considère pas le paludisme comme une priorité : c’est une maladie qui touche des pays pauvres représentant un marché tout à fait secondaire. Ainsi, depuis 1975, seuls 16 nouveaux médicaments contre les maladies tropicales et la tuberculose ont été mis sur le marché, alors que pendant la même période les industriels commercialisaient 176 nouveaux médicaments uniquement contre les maladies cardiovasculaires, première cause de mortalité dans les pays riches. Aujourd’hui seulement 10 % de la recherche médicale est consacrée aux affections qui tuent 90 % de la population mondiale. Sur les 20 plus grands groupes pharmaceutiques au monde, seuls 2 ont un programme de recherche sur le paludisme (documents de Médecins sans Frontières : Recherche médicale en panne pour les maladies des plus pauvres et Agir maintenant pour fournir à l’Afrique un traitement antipaludique efficace).

Les Français semblent avoir toujours eu une préférence pour les méthodes d’assainissement comme l’avaient déjà montré les moyens employés au moment de la colonisation de l’Afrique de l’Ouest dont le succès pouvait être remis en cause si on ne réussissait pas à s’opposer au paludisme (et à la fièvre jaune). Pendant la Première Guerre mondiale la lutte contre le paludisme qui menaçait en 1916 les soldats déployés sur le front oriental (en Macédoine) est devenue une priorité. Parallèlement aux soins purement médicaux, à l’initiative de l’Institut Pasteur, on tentera de diverses manières d’éradiquer le parasite, en asséchant les marécages favorables au développement du moustique, en évacuant les zones les plus dangereuses, en répandant des substances capables de détruire les moustiques (comme le sulfate de cuivre ou des dérivés de l’arsenic). Les historiens britanniques considèrent de leur côté que la colonisation de l’Afrique (jusque-là considérée comme la tombe de l’homme blanc) n’aurait pas été possible sans la quinine : en 1874, les troupes britanniques emportent avec elles 2 500 doses de quinine alors qu’elles traversent l’Afrique de l’Atlantique jusqu’à l’empire Asante. Il n’y aura quasiment pas de décès dus au paludisme lors de cette expédition.

À partir de 1940, on utilisera des moyens phytosanitaires comme le DDT connu depuis 1874 mais dont les propriétés insecticides n’ont été découvertes qu’au milieu des années trente. Si la tentative menée par l’OMS, à partir de 1950, d’éradiquer le paludisme par de telles méthodes a réussi dans certaines zones d’Asie, d’Amérique et d’Europe, elle a échoué en Afrique essentiellement faute de moyens. Par ailleurs, les moustiques en cause sont devenus résistants au DDT en même temps que l’on s’apercevait des dangers induits par la pollution des aliments par ce produit (à l’origine de mutations génétiques).

Aujourd’hui la situation en Afrique s’aggrave de manière dramatique. La maladie est à l’origine d’un à deux millions de morts par an (en majorité de jeunes enfants : en vieillissant l’organisme développe une immunité partielle) et infecte 500 millions de personnes dans le monde.


2007-02-23 12:57:21
À quoi sert la pharmacie française ?
31 médicaments, appartenant à quatre classes différentes, existent désormais pour traiter les patients atteints de sida. GlaxoSmithKline en commercialise 8, Bristol-Myers Squibb 6, Gilead Sciences 3, Hoffman-LaRoche 4, Boehringer Ingelheim 2, Abott 2, Merck 1, Agouron Pharmaceuticals 1, Tibotec 1, Pfizer 1. Deux nouvelles molécules, actuellement en essais cliniques, pourraient être à l’origine de nouvelles classes : le maraviroc de Pfizer et le MK-0518 de Merck.

Où sont les laboratoires français ?

Cette absence n’est pas un phénomène isolé. Si on prend les nouvelles classes de médicaments inventés depuis 20 ans (indépendamment de savoir s'ils constituent de véritables progrès thérapeutiques): les nouveaux antidépresseurs (IRSS), les statines (anticholestérolémiants), les nouveaux neuroleptiques (dits antipsychotiques), les triptans (antimigraineux), les nouveaux antidiabétiques (les inhibiteurs du DDP-4 initiés par une découverte d’un chercheur de la Harvard Medical School), les Français sont totalement absents.

Plus grave encore, l’industrie française n’est même plus capable de mettre au point des me-too. Elle est non seulement absente de l’invention initiale, mais elle se révèle incapable de mettre au point des médicaments successeurs, chimiquement différents mais agissant sur le même mécanisme biologique.

Les Français sont les plus gros consommateurs de médicaments au monde. Le médicament représente désormais plus de 20 % du budget de l’assurance-maladie (plus de 20 milliards d’euros). Du point de vue de la recherche, est-ce en vain ?

N'est-il pas temps de réfléchir à d'autres modes d'organisation de la recherche ? En un siècle, la recherche pharmaceutique a lentement dérivé d'un modèle "disease centred" à un modèle "drug centred". Il s'agit de trouver des applications intéressantes pour les molécules que l'on a mis au point. Il est certain que la réorganisation de la recherche, non pas autour des molécules disponibles, mais autour des maladies à soigner en priorité, impliquera des investissements gigantesques et sans garanties à court terme. Ce n'est pas l'industrie pharmaceutique qui peut le faire. C'est ce qu'a compris l'AFM et c'est pourquoi ce qu'elle tente de faire mérite toute notre attention.


2007-02-17 14:19:39
Le bonheur de rééditer William James

La découverte de l'œuvre de William James a été un grand moment (il faudrait y ajouter, évidemment, celle de John Dewey). C'est le petit livre de David Lapoujade (William James. Empirisme et pragmatisme) qui a attiré l'attention de beaucoup d'entre nous sur une manière de « refonder » la philosophie, loin de Kant et Hegel, et qui correspondait à une recherche un peu tâtonnante menée dans le sillage d'auteurs contemporains comme Isabelle Stengers et Bruno Latour.

David Lapoujade a bien mis en évidence le contre-sens monstrueux qui consiste à faire du pragmatisme la philosophie de l'homme d'affaires ou du libéralisme alors qu'elle est avant tout la philosophie possible de « l'homme ordinaire qui doit croire en ce monde ».

On appréciera dans ce nouveau livre l'humour de James au cours de ces huit leçons destinées à des étudiants. Ainsi, il écrit dans sa troisième leçon consacrée à Hegel :

"Tout auteur est facile à comprendre si vous pouvez saisir le centre de sa vision. De ce centre, chez Hegel, viennent ces phrases grandioses qu'on ne peut comparer qu'à celles de Luther (...). Mais si la pensée de Hegel est facile à saisir, ses abominables habitudes de langage rendent les applications de détail excessivement difficiles à suivre. Sa passion pour les phrases peu soignées, sa façon peu scrupuleuse de jouer avec les termes rapidement et vaguement ; son épouvantable vocabulaire (...)"

Je vous laisse découvrir la suite...

C'est un grand bonheur pour un éditeur d'être à l'origine de la publication des livres de James.

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Deux nouveaux livres en librairie en février :

William James : Philosophie de l'expérience. Un univers pluraliste, (nouvelle traduction de Stephan Galetic), Les Empêcheurs de penser en rond, 20€.

David Lapoujade : William James. Empirisme et pragmatisme, (nouvelle édition), Les Empêcheurs de penser en rond, 18€.

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Mardi 20 février, de 19h30 à 20h30, Sylvain Burmeau consacre son émission La Suite dans les idées, sur France-Culture, à William James (avec Davide Lapoujade et Guillaume Garreta).

Jeudi 22 mars, à 14h, Philippe Petit reçoit David Lapoujade dans son émission Science et conscience, également sur France-Culture.


2007-02-10 14:23:43
Les brevets contre l'invention ?

On vient d'apprendre que le nombre de brevets déposés au niveau mondial par l'industrie pharmaceutique a augmenté de 21 % en 2006. Est-ce le signe d'une relance de l'innovation alors que l'on sait que l'année 2006 n'a pas été très folichonne (seulement 18 médicaments, « nouvelles entités chimiques », déposées auprès de la Fda aux États-Unis et seulement 2 nouveaux médicaments intéressants homologués en France selon la revue Prescrire) ?

Ce pourrait, en fait, être l'inverse. Les industriels multiplient aujourd'hui les dépôts brevets sur toutes les procédures, toutes les démarches techniques intermédiaires possibles. Chaque nouveau médicaments est désormais entouré par un halo toujours plus dense en brevets. Il est loin le temps où un brevet n'était déposé que sur un objet fini, prêt à être commercialisé.

L'industrie pharmaceutique va se trouver dans la même situation que les producteurs de stimulateurs cardiaques. Le nombre grandissant de brevets crée une véritable jungle dans laquelle les chercheurs ont de plus en plus de mal à se déplacer. Cela coûte de plus en plus cher (pour surveiller les concurrents, déposer ses propres brevets, se défendre contre les plaintes des concurrents et porter plainte, à son tour, contre les autres) et cela rend plus difficile toute innovation.

Sheldon Krimsky comparait la situation à une autoroute : il y a encore quelques années, le péage (brevet) n'existait que sur les bretelles de sorties, désormais, il faut s'arrêter tous les cent mètres, sur l'autoroute elle-même.

La situation est d'autant plus grave que les chercheurs universitaires, eux aussi, ont désormais de plus en plus pour principal objectif, le dépôt de brevets et non plus les publications et la circulation la plus large possible des connaissances. On voit ainsi des équipes universitaires cacher leurs travaux à leurs collègues de peur de ne plus pouvoir breveter leurs découvertes si elles sont dévoilées.

La politique des brevets toujours présentée comme le moteur indispensable de la recherche serait-il en train de se transformer rapidement en principal frein à la recherche ?

Dans son édition du mercredi 14 février, l'International Herald Tribune publie une très bonne tribune de l'écrivain Michael Crichton sur les conséquences de la législation qui permet de déposer des brevets sur les gènes aux Etats-Unis. Il écrit :

"Aux Etats-Unis, les brevets déposés sur les gènes bloquent la recherche, sont un obstacle à des tests médicaux et empêchent le libre accès à des informations vitales pour les patients et les médecins. Les brevets sur les gènes ralentissent l'innovation thérapeutique pour des maladies mortelles."

Crichton s'étonne ainsi que plus de 20 germes pathogènes (dont haemophilus influenzae et le virus de l'hépatite C)aient pu faire l'objet d'un dépot de brevet par des entreprises privées. Qui fera des recherches sur ces sujets si cela implique de payer des sommes astronomiques aux propriétaires du brevet ?

Il signale que deux membres du Congrès américain (le Démocrate Xavier Becerra et le Républicain Dave Weldon) tentent de faire adopter une loi, le "Genomic Research and Accessibility Act" qui interdirait le brevetage de gènes (qui existent évidemment à l'état naturel).

A lire : Sheldon Krimsky, La Recherche face aux intérêts privés, 2004, Les Empêcheurs de penser en rond (avec une préface d'Isabelle Stengers).


2007-02-04 14:59:49
Le nouveau Prescrire est arrivé
Le dernier numéro de la revue Prescrire est arrivé (numéro 280, février 2007). On y trouve un très intéressant bilan des « nouveautés » de l'année 2006. Rappelons que la FDA (Agence du médicament aux États-Unis) a, de son côté, fait savoir qu'elle n'avait eu à examiner, en 2006, que 18 « nouvelles entités chimiques », un niveau extrêmement bas traduisant le reflux de l'innovation.

Quel est le bilan de Prescrire ?

- une forte progression des fausses nouveautés (me-too, associations d'anciens médicaments),

- la « dilatation » du marché avec la fabrication de maladies (exemple : le syndrome métabolique, nébuleuse de troubles associés sans intérêt en pratique),

- la multiplication des indications pour certains médicaments : on ajoute des « tranches d'indication » au fil du temps (en particulier pour les antidépresseurs : phobie sociale, boulimie, stress réactionnel à un trauma),

- la mise sur le marché de 17 médicaments dont le ratio bénéfices/risques est négatif,

- seuls 2 médicaments ont constitué un progrès thérapeutique important : la nitisinone et le triclabendazole.

« Tranches d'indication » et « dilatation du marché » sont deux bonnes formules pour rendre compte de la politique actuelle de l'industrie pharmaceutique.

Prescrire publie un autre article important sur les essais cliniques après commercialisation. Les laboratoires ont tendance à demander des Autorisations de mise sur le marché de plus en plus tôt, en s'engageant à réaliser des études après cette autorisation. La FDA s'est déjà alarmée de ses promesses non-tenues dans plus de 50 % des cas. En France, sur 105 études demandées par les autorités de santé depuis 1997, seules 7 % ont été menées à terme ! 54 % d'entre elles n'ont même pas débutées au mois de mai 2005.


2007-02-01 10:53:07
Françoise Dolto et l’homosexualité
Les psychanalystes se défendent de toute homophobie : ce serait les psychiatres qui auraient considéré l’homosexualité comme une maladie, pas eux.

Les psychanalystes américains ont pourtant perdu la majorité qu’ils détenaient dans l’American Psychiatric Association en 1980 au moment de l’adoption du DSM-III, entre autres, sur cette question. Les psychiatres homosexuels, considérés comme des malades, étaient alors « clandestins ». Les créateurs du nouveau DSM ont multiplié les alliances et, dans ce cadre, accepté de retirer l’homosexualité de la liste des troubles mentaux. Un des principaux psychanalystes, Socarides, a préféré scissionner l’APA plutôt que de renoncer à soigner les homosexuels.

Les psychanalystes français ont l’habitude de répondre que ce n’était vrai que des psychanalystes américains ; les Français, eux, n’auraient pas fait cette confusion.

Pour comprendre la position des Français, il suffit pourtant de lire ce que répondait Françoise Dolto à une mère qui s’inquiétait du caractère efféminé de son fils et des fureurs que cela provoquait chez son père (Françoise Dolto, Lorsque l’enfant paraît, tome II, Points, pp. 155-156). Si le fils se trouve beau, son père doit s’adresser à lui de la manière suivante : « Il n’y a pas que cette apparence. Tu es déjà très beau. Je te trouve adorable. Il faut que tu deviennes viril. J’aimerais, moi… ». Elle commente, plus loin : « Si un homme ou une femme est homosexuel vrai, c’est qu’il ne lui est pas possible de faire autrement. Il y en a beaucoup d’ailleurs qui essaient de se « soigner » — c’est soignable dans certains cas par la psychanalyse, pour ceux qui en souffrent. » Elle répond ensuite à la question : comment aider un tel enfant ? « en lui disant qu’un homosexuel est malheureux parce qu’il ne peut pas avoir de descendance du fait que son désir sexuel n’est pas orienté vers l’autre sexe. » C'est pourtant la même Françoise Dolto qui expliquait dans ses Dialogues québecois (Seuil, 1987) : " Il faut écouter, sans prescrire, ni à l'enfant ni aux parents, d'actes normalisateurs dont on ne connaît pas bien, du reste, la portée". Dommage qu'elle n'est pas persévérée...

Je plains les homosexuels qui ont dû, dans leur enfance, digérer ce type de discours !

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A lire : Stuart Kirk, Herb Kutchins : Aimez-vous le DSM ? Le triomphe de la psychiatrie américaine, Les Empêcheurs de penser en rond, 1998.


2007-01-29 12:27:25
LE DEPISTAGE DU CANCER MIS EN CAUSE
« Dois-je me faire tester contre le cancer ? » de Gilbert Welch (Les Presses de l’Université de Laval) est un livre qui vient à point. Il constitue une démonstration particulièrement réussie des ambigüités des politiques de dépistage dans le secteur de la médecine où elles sont le plus souvent présentées comme les plus prometteuses : le cancer. L’auteur est un cancérologue qui connaît la « machine » de l’intérieur.

On a toujours essayé de nous convaincre que plus une maladie est dépistée tôt, et mieux on pourra la soigner. C’est cette idée reçue (il faudrait mieux dire, propagée) que tout ce livre remet en cause. Ce qui est vrai, c’est que plus on dispose de nouveaux tests, plus ils se généralisent, et plus le nombre de personnes qui deviennent des « malades » (sans aucun signe clinique de maladie) augmente. Welch parle ainsi d’un « réservoir » de patients qui fait les bonheurs de l’appareil médical : depuis les médecins dépisteurs qui ont de plus en plus à leur disposition les outils techniques pour pratiquer eux-mêmes des tests dans leur cabinet jusqu’à l’industrie pharmaceutique grande pourvoyeuse de traitements préventifs.

L’auteur montre ce qu’il faut désormais appeler les « effets secondaires » du dépistage : faux positifs, détection de petits cancers qui n’auraient pas évolués, etc.

Un bon exemple est celui du neuroblastome, un cancer situé à proximité des reins et affectant les enfants, un cancer qui disparaît spontanément dans un nombre considérable de cas.

A partir d’un certain âge, si on cherche bien, si on multiplie les tests, on trouvera toujours des cellules cancéreuses (au niveau de la prostate par exemple).

L’auteur revient en détail sur la manière dont il faut comprendre les statistiques et se méfier du fameux « taux de survie à 5 ans » qui n’a souvent aucun sens. Il s’agit donc d’un livre tout à fait exceptionnel, malheureusement difficile à se procurer car mal distribué en France.

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SIGNALONS un très bon article de Joe Nocera dans l'International Herald Tribune de ce 29 janvier 2007 : "Pfizer learns the danger of swinging for the fences". Comment l'industrie pharmaceutique, et en particulier Pfizer, est, faute d'innovations, obligée de remettre en cause le modèle des blockbusters.


2007-01-25 10:51:20
PARLER AVEC LES FOUS
Aujourd'hui sort en librairie le nouveau livre de Henri Grivois PARLER AVEC LES FOUS (Les Empêcheurs de penser en rond).

Henri Grivois est un des rares psychiatres à poursuivre un travail sur la psychose en dehors des sentiers battus de la psychanalyse ou de la psychopharmacologie. Je lui posé trois questions.

POURQUOI EST-IL IMPORTANT POUR L’AVENIR DES PATIENTS DE PARLER AVEC EUX DES LE DEBUT DU PREMIER EPISODE DE LEUR PREMIER EPISODE PSYCHOTIQUE ?

Il faut rappeler d’abord que la psychose, bien qu’éclipsée par le développement même de la psychiatrie, est un produit immuable de l’espèce humaine. Elle reste la seule folie universelle. Autour de cette folie naissante survit en psychiatrie la vieille notion de démence. L’image de la psychose, au moins sur ce point, ne s’est guère modifiée. Les termes de désorganisation mentale et d’incohérence qu’on retrouve dans tous les traités et toutes les classifications, en témoignent à l’envie. En fragmentant la folie en symptômes les psychiatres méconnaissent l’expérience initiale. Or, on le verra, elle recèle une cohérence évidente. Le premier épisode donne lieu à des interventions médicalisées, bienveillantes sans doute mais surtout médicamenteuses. On ne parle guère avec ces patients et on remet à plus tard les entretiens. On les réconforte certes, on calme leur angoisse et leur agitation mais sans explorer ce qu’ils vivent. C’est comme si, derrière leur silence, ils étaient trop fous pour cela. On attend d’eux un discours pathologique c’est-à-dire délirant. On l’attend parfois plusieurs jours. Ainsi l’expérience initiale est-elle négligée et naître à la folie est-il d’entrée de jeu naître à l’incohérence. Le délire c’est la solution officielle de la psychiatrie, celle qu’on prévoit pour les patients. Mais c’est un échec qui laisse de funestes cicatrices lorsque des idées délirantes s’incrustent dans la pensée des patients et imprègnent définitivement leur vie. Cette évolution est cependant admise comme un moindre mal. Ensemble, patients et psychiatres quittent ainsi, bras dessus bras dessous, la folie initiale, l’austère vérité psychotique initiale, pour de petits mensonges délirants. Engager d’emblée un dialogue avec les patients, surtout la première fois, tel est le projet développé dans ce livre. Si interrompre la psychose est impossible, il faut néanmoins aider au plus tôt les patients. Il s’agit de leur rendre accessible la genèse interindividuelle de l’expérience initiale. Pour cela il est nécessaire de les aider à accoucher de ce qu’ils vivent avec chacun de leurs semblables. Au début, alors qu’ils sont encore silencieux, cela n’est pas aisé. Ils ont en effet le sentiment d’être volé de leur pensée et d’être le centre de l’intérêt général. Cette approche implique beaucoup d’engagement avec les patients. C’est un partenariat et c’est en outre une méthode conversationnelle rigoureuse et qui repose sur une réflexion approfondie ainsi que des données et des hypothèses précises.

IL NE FAUT PAS ATTENDRE QU’IL DELIRE ?

Au sens habituel, délirer c’est, en gros, interpréter une situation difficile voire impossible à penser et à dire. Je conserve ici ce sens au mot délire. Si ce n’était que la paraphrase transitoire d’un vécu instable et réversible ce ne serait pas grave. Mais pour les patients, utiliser le langage courant pour exprimer l’insaisissable expérience des premières heures risque de la fixer en un discours délirant. C’est dans un véritable récit que s’engage peu à peu le patient. Le délire toujours secondaire est très attendu des psychiatres parce qu’il va donner ainsi un sens durable à une situation qui au départ n’en a pas. Le délire n’est pas là pour remplir ou masquer un vide, il a une fonction. L’expérience initiale non encore éteinte communique sa force à chaque délire et en alimente la singularité. Elle est simplement transposée dans un champ affectif, politique, relationnel. Le délire est toujours une invention. En désignant un groupe, un homme ou un fait nouveau, les patients leur prêtent des intentions, leur attribuent des responsabilités et leur supposent des motifs. Dans la trame de leurs récits les patients conservent une place centrale et se désignent souvent comme victime. Le délire n’est jamais plausible mais pour les psychiatres, le patient en délirant paraît moins incohérent. Chaque patient délire évidemment avec ce qu’il est, sur ce qui l’entoure et dans le répertoire de son pays. Personne ne délire avec le cerveau, sur le passé ou dans la culture d’un autre. Le psychotique rejoint le monde de la psychologie normale et pirate les rumeurs du monde. L’extraordinaire privilège affecté ici à la parole plus qu’à la raison a toujours conduit les psychiatres à soutenir ces discours. Pour le patient, résister à la tentation délirante n’est pas une mince affaire. Cela impliquerait de vivre sans travestir, sans réduire ni renier ce fabuleux et redoutable vécu initial, en ayant le courage de n’en rien faire. S’agit-il seulement de s’y soustraire, de s’y adapter, de s’y résigner ou de l’affronter avec souplesse ? Questions majeures auxquelles on tente de répondre.

QUE VOUS ONT APPRIS CES PATIENTS QUI PERMET DE MIEUX COMPRENDRE LES ETRES HUMAINS ?

La psychose illustre de façon concrète le fantastique niveau atteint par le mimétisme au cours de l’évolution. Tel qu’il existe dans l’espèce humaine ce mimétisme humain est une constante homéostatique. Attention, il ne s’agit pas des mimétismes, évidents ou cachés mais repérables, celui de toutes les contagions, des foules, du désir, des apprentissages sensori-moteurs, de la mode etc. Chaque être humain est un prodigieux phénomène mimétique. Il est assez mimétique pour que ses comportements innés soient relégués au second plan. Et ça se passe bien. Comme tous ses semblables, il est réglé sur ses semblables. Le mimétisme propre à l’homme est un avantage pour lui à condition d’être contrôlé. Ce contrôle n’est l’affaire de personne en particulier, c’est l’affaire de tous. C’est une fonction spécifique à l’espèce et dont la régulation interindividuelle nous échappe, au même titre par exemple qu’une fois déglutis nous échappe le sort de nos aliments. La psychose naissante nous révèle notre mimétisme. Sans elle le mimétisme humain resterait une hypothèse abstraite. Elle nous éclaire sur le niveau insaisissable atteint par l’être humain en fait de mimétisme. Comme dans certaines pathologies organiques ce sont nos dysfonctionnements qui nous font progresser. Ce dérèglement en outre ne survient pas avant l’adolescence. Dans ce nouveau livre je ne prétends pas expliquer la psychose ni le mimétisme. Je me contente de réfléchir sur ce qui les relie. De là devraient repartir des travaux non seulement sur la psychose mais sur l’être humain.


2007-01-18 12:12:46
L'HOMOSEXUALITE DANS TOUS SES ETATS
Le livre de Pierre Verdrager « L’Homosexualité dans tous ses états » que j’édite aux Empêcheurs de penser en rond est en librairie aujourd’hui. J’ai demandé à l’auteur de répondre à trois questions :

QU'EST-CE QUI DIFFERENCIE VOTRE LIVRE DE TOUS CEUX QUI EXISTENT SUR LE MEME SUJET ?

L’homosexualité est un domaine désormais très prospecté par les sciences sociales. Il faut donc avoir de sérieuses raisons de s’y attarder de nouveau. Mon livre se différencie de la littérature existante de plusieurs manières.

Il vise à décrire de très près les propos d’acteurs non pas exceptionnels ou célèbres, mais de gens « ordinaires », en faisant le pari que cette décision de méthode facilite la montée en généralité. L’adoption du « principe de symétrie », développé par l’anthropologie des sciences à la suite des travaux de Bruno Latour, m’a permis, en outre, de proposer une nouvelle manière de raconter l’histoire de « l’homosexualité » – en déployant différents « régimes d’homosexualité » – et de comprendre la logique des conduites, des propos et, aussi, des critiques que les acteurs pouvaient s’adresser les uns aux autres. C’est ainsi que toute une série d’instruments de description de la sociologie classique – tels ceux qui, par « réduction au religieux », dénoncent les « croyances » ; par « réduction au régulier », les « lieux communs », etc. – deviennent sous ma plume des objets de description vulnérables à l’investigation sociologique. Pour bien parler de l’homosexualité, il faut commencer par faire de la sociologie autrement. Changement d’objets, de focale, de posture… et de sociologie.

PEUT-ON DIRE QUE VOTRE LIVRE DEVELOPPE UN POINT DE VUE CRITIQUE ?

Oui et non. Oui, car ce livre est une critique en acte de la manière qu’on a de traiter l’homosexualité dans les sciences sociales, manière qui me paraît exagérément orientée par des considérations politiques ou militantes, ce qui est préjudiciable à la qualité des descriptions que l’on peut faire, aussi bien du présent que du passé. Non, car il ne s’agit à aucun moment de juger les propos des personnes interviewées, mais de les comprendre, et ceci de façon bienveillante, sans misérabilisme ni mièvrerie. L’adoption de la « neutralité axiologique » est donc pour moi une nécessité absolue, même si elle représente un risque important, compte tenu de toutes les accusations politiques ou morales auxquelles on s’expose alors. Mais si j’avais adopté un point de vue critique sur mon objet, la mise au point d’une théorie pluraliste des régimes d’homosexualité aurait été tout bonnement impossible. Le refus de la posture critique, dominante en sciences sociales, n’est pas lié à une quelconque démission intellectuelle, comme on peut le lire çà et là, mais traduit la volonté de prendre au sérieux et de constituer comme objet d’analyse la trame de l’expérience et la compétence critique des personnes. C’est tout le contraire d’un « affaissement de la pensée » dénoncé par certains essayistes horrifiés.

CE LIVRE PEUT-IL ETRE UTILE POUR LES « MILITANTS » ?

Si mon livre ne se veut pas militant, c’est précisément parce qu’il prend acte que les militants existent déjà et qu’ils n’ont pas de leçon de militantisme à recevoir de la sociologie, tout particulièrement, d’ailleurs, lorsque ces militants possèdent déjà une bonne culture sociologique. Je fais partie de ceux qui considèrent que la raréfaction, sinon la disparition, des sociologues prophétiques n’est pas une catastrophe. L’augmentation considérable du niveau d’instruction de la population, sans précédent dans l’histoire, l’explosion des moyens de communication, etc., ont contribué à rendre très problématique la posture prophétique de l’intellectuel classique. Les gens n’acceptent plus qu’on parle à leur place, qu’on dicte leur conduite, qu’on leur indique quoi penser. Si mon travail n’a pas été inspiré par une intention politique, cela ne veut pas dire qu’il ne peut avoir d’effet politique car le fait de mieux comprendre le monde rend possibles les conditions de sa transformation. Par exemple, si mon travail pouvait avoir pour conséquence d’abaisser la normativité anti-« folle » ou anti-« jules » caractéristique du régime d’homosexualité dominant de notre monde moderne, j’en serais très satisfait car certaines personnes souffrent de cette normativité. Mais, encore une fois, mon but premier n’est pas, et ne peut pas être, de rendre possible ce changement : je ne suis que sociologue.


2007-01-17 12:11:27
ANTIDEPRESSEURS ET SUICIDES
Les antidépresseurs diminuent-ils ou augmentent-ils l’occurrence des suicides ? C’est une question importante car le danger suicidaire est le principal argument justifiant les campagnes de dépistage de la dépression. Longtemps, certains psychiatres ont d’ailleurs administré aux patients un neuroleptique (du type sulpiride) en même temps que l’antidépresseur pour limiter ce risque au cours des premières semaines de traitement. La Food and Drug Administration (l’Agence du médicament aux Etats-Unis) vient de publier une revue de la littérature sur ce sujet controversé. On a étudié les résultats d’essais cliniques concernant 100 000 patients prenant soit un antidépresseur soit un placebo. Les résultats sont un peu alarmants : chez les patients de moins de 25 ans, le risque suicidaire est multiplié par 2,3 dans le groupe prenant un quelconque antidépresseur par rapport au groupe placebo. A l’inverse, ce risque est réduit de manière significative dans le groupe des personnes de plus de 65 ans. Il faut évidemment être prudent dans l’interprétation de ce type de résultats : 1- les méta-analyses ajoutent des résultats d’études faites avec des méthodologies très différentes ; 2- ces études n’étaient pas destinées à étudier précisément ce type d’effets. On aimerait donc que les pouvoirs publics assument leurs responsabilités en finançant une grande étude avec un protocole spécifique sur ce problème.

2007-01-12 12:09:57
UN LIVRE SUR LA PHARMACIE
Cinq grands patrons de l’industrie pharmaceutique (Pierre Le Sourd, Robert Dahan, Marc de Garidel, Dominique Mangeot, Christian Lajoux) ont écrit un livre « La Société du médicament ? » dont on se demande s’il faut en rire ou en pleurer tant il est bâclé. Avant de l’acheter, je m’étais promis de m’attarder sur ses vrais points forts pour les discuter sérieusement. C’est impossible. Certaines formules sont si obscures qu’on ne peut s’empêcher de penser que certains textes ont été traduits de l’anglais grâce à un logiciel informatique : « L’innovation se marque par un changement notable dans un comportement, mais sans commune mesure avec ce que nous appelons innovation, dans les industries pharmaceutiques », ou encore : « L’entreprise devient le lieu de l’innovation d’une zone de départ à même d’intégrer et d’accueillir toute espèce humaine. » Comprenne qui pourra ! On cite Gaston Bachelard pour nous expliquer qu’il est l’auteur d’un « audit scientifique », Kuhn comme spécialiste de « la grande crise de 1929 » et des « mutations du management » ! Seul Christian Lajoux de Sanofi-Aventis se confie franchement quand il écrit : « il faut bien l’avouer : tous les industriels du médicament vivent l’œil rivé au cours de la Bourse », mais ça, on le savait déjà ; ou, un peu plus loin quand il semble dénoncer la campagne menée auprès du grand public sur le bon usage des antibiotiques : « quel tapage indécent autour de cette classe thérapeutique exceptionnelle ! » avant de poursuivre : « toutefois, nous ne devons pas tomber dans un écueil », ce qui est effectivement difficile. On n’apprendra donc malheureusement rien d’intéressant en lisant ce livre. Dommage : c’est une occasion ratée pour un vrai débat. De mes longues années passées dans l’industrie pharmaceutique, j’ai appris la rigueur : chez Synthélabo, tout ce qui était écrit était mille fois relu et l’objet de multiples corrections. Ce n’est manifestement pas une règle générale.

2007-01-10 10:35:12
OTC : l’Etat au secours des laboratoires pharmaceutiques
Pourquoi les Français consomment-ils moins de médicaments OTC (Over The Counter c’est-à-dire vendus sans ordonnance donc non remboursés) que, par exemple, les Anglais ? Il y a longtemps que l’industrie pharmaceutique se désespère de la « faible part de marché » représentée par ce type de médicaments. Aucun industriel n’a jusqu’à présent réussi à faire « bouger » ce marché de manière significative. Ce n’est pas faute d’avoir essayé : les prix sont libres, les marges juteuses et c’est la possibilité de développer des relations commerciales privilégiées avec les pharmaciens. Il se pourrait bien que les Français considèrent que la mutualisation des dépenses de santé soit leur principal acquis social, inventé tout au long du XIXe siècle et généralisé sous la forme de la Sécurité sociale à la Libération. Alain Coulomb vient de rendre son rapport au ministre de la santé. Soulignons-en les contradictions. 1- Les patients devraient cesser de consulter pour les « troubles bénins ». Mais beaucoup de maladies graves ne commencent-elles pas par des troubles bénins ? Pourquoi, alors, ne cesse-t-on de nous répéter, par ailleurs, que plus une maladie est dépistée tôt, plus elle a de chances de pouvoir être guérie ? 2- Quels médicaments trouve-t-on en OTC ? Depuis les années Jospin, on dérembourse les médicaments « au service médical rendu insuffisant », c’est-à-dire les médicaments qui n’ont pas apporté la moindre preuve de leur efficacité, c’est-à-dire les médicaments inefficaces. Il serait plus juste de les retirer du marché car si on sait qu’ils sont inefficaces, en revanche on ignore ce qu’ils font quand ils s’accumulent dans un organisme pendant 10, 20 ou 30 ans (je pense aux fameux veinotoniques). La toxicité à long terme est le parent pauvre de toutes les études sur les médicaments. Les Français ne sont pas idiots et savent donc comment est alimenté le réservoir des médicaments OTC. Pourquoi se précipiteraient-ils pour les acheter ? Le comble du ridicule est atteint quand Alain Coulomb croit que l’on peut résoudre le problème en ne parlant plus de « médicaments à service médical insuffisant », mais de « médicaments non prioritaires ». Il espère ainsi pouvoir déguiser la cruelle réalité de médicaments inefficaces. Tromper les patients, relève d’une bien piètre conception de la démocratie sanitaire. Alors que l’innovation connait un sérieux ralentissement, les industriels aimeraient bien pouvoir s’appuyer sur un secteur OTC dynamique où ils pourraient faire l’apprentissage des relations directes avec les consommateurs (par exemple former des équipes ayant ce type de compétence). En continuant à militer pour que ce type de relations directes soit autorisé pour l’ensemble des médicaments.

2007-01-09 12:41:22
18 nouveaux médicaments pour 40 milliards !
Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration a approuvé 18 nouveaux médicaments en 2006. Il s’agit de « nouvelles entités chimiques ». Ce chiffre inclut de nouvelles molécules très peu différentes d’anciennes déjà sur le marché mais, en revanche, il exclut les nouvelles formes et nouvelles présentations. C’est le chiffre le plus bas depuis huit ans. Ces six dernières années, 26 nouveaux médicaments ont été mis en moyenne sur le marché. Ces chiffres confirment une tendance au déclin que rien ne semble actuellement pouvoir inverser. L’industrie pharmaceutique annonce pourtant que ses investissements en recherche ont atteint les 40 milliards de dollars en 2004 (dernier chiffre connu) alors qu’ils étaient de 16 milliards en 1993. Cette analyse est confirmée par un dossier publié par Le Journal des Finances (semaine du 22 décembre 2006) : « la productivité de la recherche des grands laboratoires pharmaceutiques s’est nettement réduite depuis 2000 alors que les budgets de recherche ont progressé sur cette période de 26 % en moyenne. Ce manque de relais de croissance pourrait mettre en péril les groupes qui ne parviendront pas à compenser la perte des brevets de leurs médicaments. »

2006-12-22 00:00:00
QUAND IL EST QUESTION D'AME
Un roman et un essai sortis respectivement au Seuil et aux Empêcheurs de penser en rond, traitent admirablement du même sujet : le trouble de la personnalité multiple. Il s’agit du roman de Matt Ruff "La Proie des âmes" (Point) et de l’essai du philosophe Ian Hacking, "L’âme réécrite. Etude sur la personnalité multiple et les sciences de la mémoire". C’est une curieuse affaire pour nous, Français. Au début des années quatre-vingt, une épidémie de ce trouble mental très singulier qui n’a absolument rien à voir avec la schizophrénie, se répand aux Etats-Unis alors que cette maladie reste exceptionnellement rare en France et en Europe, même si les premiers cas de personnalités multiples ont été identifiés dans notre pays à l’époque de Pierre Janet (1859-1947) quand l’hypnose était au centre des préoccupations. Depuis, ils semblaient avoir quasi-totalement disparus. Du coup, on s’est interrogé pour savoir s’il s’agissait d’une « vraie » maladie mentale ou d’un effet de suggestion, d’une maladie « inventée » dans la rencontre entre des patients et certains thérapeutes. Mais n’en est-elle pas pour autant moins réelle ? Les deux livres explorent, à leur manière, cette expérience qui implique qu’un corps soit occupé de manière alternante par des âmes différentes (la première peut être celle d’un enfant, la suivante de sexe féminin alors que le corps est masculin, etc.). Il s’agit de deux thrillers même si l’un est plus théorique. Comme tous les bons essais, le livre de Ian Hacking nous tient en haleine, comme réussit à le faire Matt Ruff. Au-delà du cas des personnalités multiples, ces deux livres nous aident à réfléchir à la notion même de trouble mental. Ce que l’on apprend avec les personnalités multiples pourrait alors nous aider à réfléchir à d’autres manières d’aller mal comme, par exemple, dans le cas des dépressions. Le lecteur curieux pourra alors prolonger sa réflexion avec d’autres livres comme ceux de Vinciane Despret ("Ces émotions qui nous fabriquent") de Mikkel Borch-Jacobsen ("Folies à plusieurs") ou de Catherine Lutz ("La dépression est-elle universelle ?"). On est ici au cœur de ce qui passionne les Empêcheurs de penser en rond depuis leur création. (Vous pouvez réagir en m'écrivant à philippe@pignarre.com)

2006-12-20 00:00:00
NOUVEAUX NEUROLEPTIQUES : LA DECEPTION
Au milieu des années quatre-vingt-dix plusieurs laboratoires pharmaceutiques ont annoncé qu’ils avaient mis au point un nouveau type de neuroleptiques très différents des anciens (comme l’Haldol ou le Largactil) qui induisaient des dyskinésies tardives graves et irréversibles. Ce fut le cas de Johnson & Johnson avec le Risperdal, de AstraZeneca avec le Seroquel et de Lilly avec le Zyprexa. On leur a trouvé un nouveau nom : ce ne sont plus des « neuroleptiques » mais des « antipsychotiques atypiques ». Un avocat représentant des patients, James B. Gottstein, vient de communiquer au journal Times une série de documents internes concernant le Zyprexa qui ne manquent pas d’être inquiétants. James B. Gottstein a porté plainte contre l’État de l’Alaska (États-Unis) qui s’est arrogé le droit d’obliger les patients à prendre des psychotropes contre leur volonté. Selon Gottstein, des données non publiées par Lilly, montreraient que le Zyprexa induit une prise de poids importante chez 30 % des patients (22 pounds en moyenne - environ 10 kg) après un an. Chez certains patients les prises de poids pourraient même atteindre 100 pounds (environ 45 kg). Il serait un facteur de risque de diabète en augmentant la quantité de sucre dans le sang. Aucune étude clinique n’a été conduite par Lilly pour vérifier ou infirmer ces données. Les laboratoires Lilly ont répondu que ces données avaient été sorties de leur contexte. L’enjeu économique est considérable : en 2005 Zyprexa a réalisé un chiffre d’affaires de 4,2 milliards de dollars soit environ 30 % du CA du groupe. Signalons enfin qu'en 2005, Lilly a accepté de verser 750 millions de dollars pour dédommager 8 000 patients américains victimes des effets secondaires du Zyprexa et qui avaient porté plainte. Les patients français, eux, auront seulement leurs yeux pour pleurer ! La presse américaine a largement rendu compte de cette affaire au mois de décembre. (Vous pouvez me contacter et réagir : philippe@pignarre.com)

2006-12-18 00:00:00
PROMESSE NON TENUE !
Il y a un an maintenant les responsables de l’industrie pharmaceutique et leur syndicat (Les Entreprises du Médicament) juraient leurs grands dieux qu’ils rendraient désormais public toutes les études cliniques sur leurs médicaments, qu’elles soient positives ou négatives. On pouvait parler de révolution.A l’occasion d’un débat sur le rapport bénéfices/risques des médicaments antidépresseurs chez l’enfant et l’adolescent, le public avait en effet découvert avec stupéfaction que les études qui donnaient des résultats insatisfaisants restaient pour la plupart cachées. Hélas, la promesse n’aura été destinée qu’à empêcher le vote de lois contraignantes en Europe comme aux Etats-Unis. Le 21 septembre 2006, la Food and Drug Administration (l’Agence américaine du médicament) réexaminait le dossier du Trasylol, un antifibrinolytique, médicament destiné à réduire les pertes sanguines à la suite d’un pontage coronarien. Cette réunion avait lieu en présence de représentants des laboratoires Bayer qui fabriquent et commercialisent ce médicament. Quelques jours plus tard, la FDA recevait un message d’un chercheur « lanceur d’alerte » : les résultats d’une étude avaient été dissimulés. Elle montrait des accidents de type AVC (Accident vasculaire cérébral), encéphalopathie, coma ou insuffisance rénale grave. Pendant la réunion les responsables du laboratoire étaient restés silencieux. Depuis, les laboratoires Bayer ont avoué avoir commis une faute en ne communiquant pas cette étude. Mais comment croire désormais aux promesses des industriels ? Le minimum ne serait-il pas que ce laboratoire soit exclu du LEEM. Sinon que vaudra sa parole ? Quant aux législateurs quand se décideront-ils enfin à adopter une loi punissant sévèrement ce type de pratique ?